International

10-Fév-2017 Par

Brexit: La voie s’ouvre au déclenchement de l’Article 50

Le 24 janvier, le gouvernement britannique a appris, sans surprise, que la Cour suprême avait confirmé qu’il devait obtenir l’approbation du Parlement avant de déclencher l’Article 50 pour signaler formellement son intention de quitter l’Union européenne. A partir de là va s’enchaîner une série de débats et de votes dans les deux chambres, celles des Communes et des Lords. Cette dernière, qui n’est plus dominée par des pairs héréditaires, n’a pas de pouvoir de décision, mais elle peut faire des propositions. C’est la Chambre des Communes qui décide. Et c’est là qu’on peut voir les positions adoptées par les différents partis et par les courants en leur sein.

Brexit: La voie s’ouvre au déclenchement de l’Article 50

Le 24 janvier, le gouvernement britannique a appris, sans surprise, que la Cour suprême avait confirmé qu’il devait obtenir l’approbation du Parlement avant de déclencher l’Article 50 pour signaler formellement son intention de quitter l’Union européenne. A partir de là va s’enchaîner une série de débats et de votes dans les deux chambres, celles des Communes et des Lords. Cette dernière, qui n’est plus dominée par des pairs héréditaires, n’a pas de pouvoir de décision, mais elle peut faire des propositions. C’est la Chambre des Communes qui décide. Et c’est là qu’on peut voir les positions adoptées par les différents partis et par les courants en leur sein.

Les débats commencent


Le gouvernement a présenté une résolution très courte, de 137 mots, qui se limitait en fait à lui donner l’autorisation de déclencher l’Article 50. En supplément, il y avait un Livre blanc de 77 pages qui reprenait largement les thèmes du discours de Theresa May du 17 janvier dernier. Le premier vote sur la résolution a donné 398 pour et 114 contre. Une victoire écrasante, on dirait. Mais ce vote voulait simplement dire: nous sommes d’accord en principe pour donner l’autorisation.

Qui a voté contre? Un seul député conservateur, l’ancien ministre, Kenneth Clarke, connu pour ses positions pro-UE; 47 députés travaillistes (plus de 20% du groupe parlementaire) qui ont défié la consigne stricte de voter pour la résolution, donnée par Jeremy Corbyn; 50 sur les 54 des nationalistes écossais (SNP); 7 sur 9 libéraux-démocrates.
Le seul vote contre de Clarke ne signifiait pas qu’il n’y avait pas d’autres dans le parti conservateur qui partageaient sa position, simplement qu’ils n’étaient pas à ce moment-là prêts à voter contre le gouvernement.
Le Parti travailliste est profondément divisé: la plupart de ceux qui ont voté contre viennent de l’aile droite, Blairiste, mais pas tous. Corbyn était bien décidé de soutenir le gouvernement sur l’Article 50, même si les amendements proposés par son parti étaient rejetés. Mais il a un problème: après avoir pendant des mois critiqué May pour être indécise, embrouillée, son gouvernement divisé, il se trouve maintenant face à un gouvernement et une première ministre dont les positions sur le marché unique et l’union douanière sont claires. Et c’est lui qui semble embrouillé, et son parti est bien divisé. Sur les questions sociales Corbyn s’en sort souvent bien face au gouvernement. Mais pas sur le Brexit, où on ne sait pas vraiment, par exemple, s’il est pour ou contre le marché unique. Pour le moment, Theresa May en profite. Corbyn reconnaît le vote du 23 juin et parle d’un Brexit dans l’intérêt des couches populaires, mais son message est brouillé par ses vacillations. Il a été élu pour réorienter le parti travailliste, pour que ce parti redevienne celui des salariés et des couches populaires, au lieu d’être le volet centre-gauche du consensus néolibéral. Un débat s’ouvre pour savoir quel pays et quel modèle de société il faut après le Brexit. Pour l’instant, c’est May qui en dicte les termes, mais ce n’est pas fatal. Corbyn et ses alliés peuvent intervenir, sur des questions où May effectue une certain rupture avec le passé de son parti, comme le logement où la stratégie industrielle, et plus largement le rôle de l’Etat, mais aussi sur celles où elle maintient la continuité, telles la santé et les services publics en général. Corbyn peut occuper un espace où il dit que l’essentiel, ce n’est pas le marché unique où les droits de la City, mais les problèmes auxquelles la population est confrontée quotidiennement. Après tout, c’est Theresa May elle-même qui a reconnu que le vote du 23 juin s’explique en partie par un «sentiment d’exclusion par rapport à la situation politique et sociale au Royaume-Uni».

Quant aux libéraux- démocrates, ils sont traditionnellement pro-UE: par ailleurs ils ont les yeux braqués, sur le plan électoral, sur les couches moyennes du Sud-est d’Angleterre qui votent habituellement pour les Conservateurs mais qui ont voté pour rester à l’UE.

L’Écosse


A première vue, le gouvernement écossais et le SNP sont dans une position forte: 62% contre la sortie de l’UE dans le référendum de juin dernier, un vote du Parlement écossais le 7 février, de 90 contre 34, contre le déclenchement de l’Article 50. Le vote était purement indicatif: le Parlement écossais n’a aucun droit de décision ni de véto sur la question. La Cour suprême a aussi dit le 24 janvier que Theresa May n’avait pas besoin d’avoir l’accord des parlements à Edimbourg, Belfast et Cardiff pour procéder. Nicola Sturgeon agite régulièrement la menace d’un deuxième référendum sur l’indépendance. Et c’est là où il peut y avoir un problème. Dans un sondage pour le Sunday Times le 29 janvier, 51% des Ecossais étaient contre un nouveau référendum, avec 27% pour (43% en juin dernier). Il y a toujours 61% pour rester dans l’UE, mais parmi les 39% qui veulent sortir se trouvent 35% de ceux qui ont voté Oui à l’indépendance en 2014: et seulement 48% des sondés sont pour qu’une Ecosse indépendante adhère à l’Union européenne, avec 31 % contre. Le sondage donne 46% pour l’indépendance et 54% contre (45-55 en 2014). Mais un autre sondage publié dans le Herald du 8 février donne 49% pour l’indépendance. Sturgeon a toujours dit qu’elle n’appellera pas un deuxième referendum sans avoir une solide majorité pour l’indépendance, autour de 60%. Elle en est encore loin. Et si elle lie la question de l’indépendance à celle de l’Europe, elle peut perdre une partie de sa base populaire sans forcément gagner le soutien de beaucoup de ceux qui ont voté Oui à l’Europe. En revanche le fait que sur cette question importante comme sur d’autres le Parlement écossais ne peut pas trancher peut faire monter le soutien pour l’indépendance. L’attitude hautaine de May envers le gouvernement écossais peut aussi nourrir ce sentiment. Elle vient de dire qu’il n’y a aucun besoin d’un nouveau référendum sur l’indépendance: si elle cherchait à l’interdire, ce serait explosif.

Pour revenir aux débats, il y a eu une série d’amendements venant du parti travailliste, des libéraux-démocrates et des nationalistes écossais et gallois. Deux amendements travaillistes visant à obliger le gouvernement à faire des comptes rendus réguliers des négociations au Parlement ont été rejeté: ainsi qu’un autre qui voulait obliger le gouvernement à travailler étroitement avec les gouvernements écossais, gallois et nord-irlandais.

Une victoire pour le gouvernement


Un vote important est intervenu le 7 février au soir: un amendement a été présenté visant à accord plus de pouvoir aux parlementaires pour décider du contenu de l’accord final. L’amendement a été battu par 326 voix contre 293, avec sept conservateurs votant contre le gouvernement et deux autres, dont l’ancien ministre des Finances George Osborne, s’abstenant. C’était une victoire pour May qui avait réussi à réduire la rébellion dans son parti au noyau dur. C’était en partie au moins grâce à une promesse que le Parlement allait pouvoir voter sur l’accord final avant la signature et avant le vote au Parlement européen. Pour savoir s’il s’agit d’une vraie concession ou simplement le droit de voter quand tout sera déjà bouclé, les avis sont partagés.

Le débat s’est terminé mercredi 8 février, tard dans la soirée. Un amendement travailliste visant à garantir aux citoyens de l’UE vivant au Royaume Uni le droit de résidence permanente a été rejeté, par 332 contre 290. C’est un sujet qui suscite les passions, et pour cause. Mais dans l’occurrence la faute n’est pas avec Theresa May, qui a proposé plus d’une fois un accord réciproque avec le UE, garantissant les mêmes droits pour les citoyens britanniques résidant dans le s27 Etats. A partir de là, May pourrait accorder le droit de résidence de manière unilatérale, mettant ainsi les Européens dans l’embarras. Ou elle pourrait garantir les droits des citoyens de tout pays qui donne des droits réciproque aux citoyens britanniques, pour cible les exceptions. Elle a choisi de faire ni l’un ni l’autre. On dit que la question se résoudra facilement une fois que commencent les négociations formelles. Espérons-le.
Finalement, il y avait le dernier vote, pour approuver la résolution avant de l’envoyer à la Chambre des pairs. Sans surprise, la résolution est passée, par 494 contre 122.
C’était une victoire claire pour le gouvernement. Aucun amendement n’a été intégré. Le gros de ceux qui ont voté contre était compris de 52 députés travaillistes et le groupe SNP, plus les libéraux-démocrates. Corbyn a ramené la grande majorité de députés travaillistes à voter pour.
Après son passage par la Chambre des pairs, la résolution va revenir aux Communes et le vote (vraiment) final doit avoir lieu le 7 mars. Sauf grande surprise, elle devrait passer et Theresa May pourrai déclencher l’Article 50 avant la fin du mois de mars, comme promis.
Sur le plan de l’opinion publique également, May peut se féliciter: 53% des sondés approuvent ses plans pour le Brexit, contre 38% en janvier.

Des voix contre la «punition» du Royaume-Uni


Sur le plan international, les signes d’apaisement continuent. Le ministre des Affaires étrangères d’Espagne s’est prononcé contre un accord «punitif» qui affaiblirait Londres comme centre financier, en exprimant sa sympathie pour des négociations sur un accord de libre-échange en même temps qu’un accord sur la séparation. Michel Barnier, par contre, veut séparer les deux. (Financial Times, 27/01/17).
Le 31 janvier le Vice-ministre des Affaires étrangères, Mario Giro, prévenait que le Royaume-Uni et l’Union européenne se dirigeaient vers une «guerre froide économique», mettant en cause les intérêts économiques plutôt que les Etats, en précisant que l’Italie n’y était pas favorable. (Guardian, 30/01/17).
Le 1er février nous avons appris l’existence d’un rapport de 26 pages du Comité sur les affaires économique et monétaire du Parlement européen (Econ). (Guardian) On peut y lire, entre autres, «Un accord final mal conçu entraînerait de dommages pour le Royaume-Uni aussi bien que pour les autres 27 Etats-membres». «L’exclusion du principal centre financier européen du marché intérieur pourrait avoir des conséquences en termes d’emplois et de croissance dans l’UE. Il est dans l’intérêt des 27 pays de l’UE et du Royaume-Uni d’avoir une discussion ouverte sur ce point».

Le rapport note qu’une analyse de l’offre du statut d’équivalence au Royaume-Uni a été désignée comme prioritaire par les «coordinateurs de l’Econ»
La journaliste explique aussi succinctement ce que c’est, l’équivalence: «le mécanisme par lequel les régulations du Royaume-Uni et de l’UE sont à considérer comme étant de la même valeur, ce qui permettrait aux institutions financières basées au Royaume Uni de continuer à opérer dans l’UE après le Brexit».
Le 3 février, Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne affirmait que la plupart des 27 pays de l’UE ne voulaient pas punir les ‘Brits’» et que la «colère» sur le Brexit était limitée à une minorité. (Financial Times).

Cela montre, à la suite des indications précédentes, que l’idée qu’un accord qui garantisse les intérêts des deux côtés est possible et nécessaire, et que dans le cas contraire tout le monde perdrait, est assez répandue. Mais l’école «punitive» existe aussi, dans certaines capitales européennes et à Bruxelles. En principe, tous les Etats-membres sont égaux, et le gouvernement britannique va déployer ses efforts diplomatiques partout dans le mois qui viennent. Mais certains sont plus égaux que les autres, et l’Allemagne est la plus égale de tout. Un accord qui était soutenu par l’Allemagne, surtout s’il avait aussi le soutien de la France, aurait toutes les chances d’être adopté. Et c’est là où les choses peuvent se compliquer. Par les temps qui courent, personne ne sait avec qui Theresa May aura à négocier dans ces deux pays d’ici quelques mois, ni dans quel contexte international. Elle semble en train de d’assurer ses arrières. Elle se dit aussi confiante de pouvoir obtenir un bon accord avec l’UE. C’est possible, mais il y aura plein d’embûches.

International

27-Jan-2017 Par

Trump und Konsorten: Frauenrechte in Gefahr

US-Präsident Donald Trump hat zu Beginn seiner ersten vollen Woche im Amt eine Regelung über den Umgang mit Abtreibungen geändert. Durch seine "Executive Order" dürfen ausländische Organisationen künftig nur dann Entwicklungshilfe von den USA bekommen, wenn sie keine Abtreibungsberatung anbieten oder Abtreibungsempfehlungen aussprechen.

Trump und Konsorten: Frauenrechte in Gefahr

US-Präsident Donald Trump hat zu Beginn seiner ersten vollen Woche im Amt eine Regelung über den Umgang mit Abtreibungen geändert. Durch seine « Executive Order » dürfen ausländische Organisationen künftig nur dann Entwicklungshilfe von den USA bekommen, wenn sie keine Abtreibungsberatung anbieten oder Abtreibungsempfehlungen aussprechen. Das schließt Schwangerschaftsberatungen mit ein, in denen lediglich darauf hingewiesen wird, dass Abtreibung im Land eine legale Option darstellt. Die Entscheidung Trumps sollte niemanden überraschen, sagte Sean Spicer, neuer Sprecher des Weißen Hauses: « Ich denke, der Präsident hat kein Geheimnis daraus gemacht, dass er ein Pro-Life-Präsident ist. » Frauenrechtsorganisationen warnen davor, dass Frauen in Entwicklungsländern den Preis für die Regelung bezahlen würden.


Deswegen, und um gegen die sexistischen und misogynen Äußerungen Trumps vor, während und nach seiner Wahl zu protestieren, waren am Tag der Einsetzung Trumps Millionen Frauen weltweit auf der Straße. Eine halbe Million Menschen allein in Washington, zehntausende trugen symbolisch rosa Wollmützen mit Katzenohren: « Pussy Hats ». Beim « Women’s March » ging es bei weitem nicht nur um Frauenrechte, sondern auch um Diskriminierung der LGBTI Gemeinschaft, um Rassismus, Einwanderung, Umweltschutz und Menschenrechte im Allgemeinen. Die Märsche waren eine Möglichkeit, der Frustration über den Wahlausgang Ausdruck zu verleihen. Aufgrund des amerikanischen Wahlsystems der Wahl“männer“ hatte Hillary Clinton die Wahl am 8. November verloren, obwohl sie 2,8 Millionen Stimmen mehr erhalten hatte als Trump.


Ein großer Erfolg also für die Organisator*innen, allerdings fraglich, ob dieser Marsch die Politik Trumps beeinflussen wird. Er will die Mächtigen (Männer) hinter sich scharen, Steuern für die Industrie senken, Umweltschutzauflagen abschaffen und dadurch Arbeitsplätze schaffen (unter welchen Bedingungen wird nicht hinterfragt).


Sagen wir es klar hinaus. Ein eisiger Wind weht den Frauen weltweit ins Gesicht und die wenigen Zugeständnisse, die die Frauen erkämpft haben, werden zurückgenommen.
So in Russland, wo zwischen 12- 14000 Frauen jedes Jahr als Opfer häuslicher Gewalt ums Leben kommen. Wer dort seine Frau, Kinder oder andere Angehörige verprügelte, wurde mit bis zu zwei Jahren Haft bestraft. Doch wenn es nach der konservativen Abgeordneten Jelena Misulina geht, der Vorsitzenden der Kommission für Familie Frauen und Kinder der Duma, verschlechtert ein Gefängnisaufenthalt wegen eines « leichten Schlages » lediglich das Familienklima! Misulina feierte ihren ersten Erfolg im Parlament: 368 der 450 Abgeordneten stimmten in erster Lesung für ihren Gesetzesentwurf zur Abschaffung der Bestrafung; die zweite Lesung ist am 25. Januar geplant. Die 62-Jährige war auch eine der treibenden Kräfte hinter dem Gesetz gegen sogenannte Homosexuellen-Propaganda.


Ob Frauen oder Männer, die Ultrarechten sind auf dem Vormarsch, auch in Europa (Polen, Ungarn etc.). Petry, Le Pen und Konsorten können nur durch eine massive Mobilisierung gestoppt werden.

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27-Jan-2017 Par

Royaume-Uni: May dévoile son grand dessein

Le 17 janvier, dans un discours qui fera date, Theresa May a tracé les grandes lignes de sa perspective pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Il était sans doute temps. Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2016, les critiques dans le monde politique et les média ont fusé: elle et son gouvernement seraient embrouillés, incompétents, divisés, ils n’auraient pas de plan, etc. Beaucoup de ces critiques étaient de mauvaise foi, faisant partie du jeu politicien à Westminster.

Royaume-Uni: May dévoile son grand dessein

Le 17 janvier, dans un discours qui fera date, Theresa May a tracé les grandes lignes de sa perspective pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Il était sans doute temps. Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2016, les critiques dans le monde politique et les média ont fusé: elle et son gouvernement seraient embrouillés, incompétents, divisés, ils n’auraient pas de plan, etc. Beaucoup de ces critiques étaient de mauvaise foi, faisant partie du jeu politicien à Westminster. D’autres venaient de gens qui avaient tout simplement négligé de lire les déclarations de Theresa May avant d’ouvrir la bouche ou d’écrire. Parce que, si on peut bien dire que le discours du 17 janvier constituait la première fois qu’elle avait élaboré et résumé son projet de manière globale, elle avait auparavant donné beaucoup d’indications sur le fond de sa pensée. Ainsi, au mois de novembre il était déjà possible d’écrire: «Il semble qu’elle veut sortir du marché unique (…) Il est moins clair, mais probable, qu’elle envisage la sortie de l’union douanière» (1). Et le 17 janvier, elle a confirmé qu’elle veut sortir du marché unique et ne pas faire partie intégrale de l’union douanière. Et qu’elle veut un ou des accords avec l’UE pour faciliter les échanges.
Mais est-ce qu’elle pourra les avoir? A lire les média européens (et britanniques anti-Brexit), à écouter les déclarations de divers commentateurs, la réponse va de soi: elle aura beaucoup de mal, le rapport de forces lui est défavorable, voire elle a déjà perdu. Le tout étant souvent appliqué avec la méthode Coué, accompagné d’une quantité de lacunes et d’inexactitudes consternantes. Alors il est clair que les négociations à venir opposent un pays à 27 autres, et, en plus aux institutions européennes. Que cela implique que le rapport de forces est très défavorable au Royaume-Uni, cela l’est beaucoup moins.


Avant le discours de May, il y avait ce qui ressemble à une petite mise en scène. Le 14 janvier, la presse britannique a publié des reportages et des analyses sur le compte-rendu d’une réunion privée entre Michel Barnier, négociateur en chef pour l’Union européenne, et des parlementaires européens (2). D’après The Independent, le compte-rendu «indique que l’UE pourrait hésiter à se couper de l’accès au plus grand centre financier d’Europe. Les négociateurs [européens] craignent de déstabiliser l’environnement économique délicat qui existe dans de nombreux pays européens et de créer des difficultés monétaires». Barnier est cité dans l’article comme disant qu’il n’y aurait «aucune agressivité, aucune vengeance, aucune punition» dans la «négociation unique et extraordinaire sur la sortie du Royaume-Uni». Il a ajouté quand même que le résultat devrait démontrer que la meilleure option pour les Etats-membres était de rester dans l’UE.


L’article dans The Guardian sur le même sujet est plus fourni. Il cite une déclaration de Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, devant des députés britanniques le 10 janvier: «Il y a de plus grands risques pour la stabilité sur le continent, à court terme, en cas de transition. Si vous dépendez d’une juridiction [britannique] pour les trois-quarts de vos activités de hedging (marchés de produits dérivés), les trois-quarts de votre activité sur les marchés des changes, la moitié de vos emprunts et la moitié de vos transactions en titres et valeurs, vous devrez réfléchir et faire très attention concernant la transition de votre point d’ancrage vers une place financière où vous devrez trouver un nouvel équilibre». D’après le compte-rendu, il a aussi dit, «Un travail doit être fait dans ce domaine. Il y aura un rapport spécifique. Il faudra travailler hors du cadre des négociations … afin d’éviter l’instabilité financière».


Un porte-parole de la commission européenne a «insisté que le compte-rendu [qui a été fait par des fonctionnaires du Parlement européen ‘ne reflétait pas correctement ce que M. Barnier a dit’». Bien sûr. M. Barnier, lui, n’a apporté aucun déni.


Il est clair que le gouvernement britannique et la City veulent remplacer le «passporting» qui donne actuellement le droit aux institutions financières britanniques d’opérer partout en Europe (mais qui dépend de l’appartenance au marché unique) par un accord «spécial» qui faciliterait les transactions à l’avenir. D’après le compte-rendu dont on vient de parler, il semble bien que c’est aussi le point de vue de Barnier. De là à dire que tout est déjà bouclé, ce serait aller beaucoup trop vite en besogne. Mais un terrain de négociation d’un accord réciproquement bénéficiaire existe manifestement.
Il n’est pas inutile de préciser qu’aussi bien Mark Carney que les deux journaux s’étaient opposés au Brexit, et qu’au moins les journaux persistent et signent.


Le lendemain, Philip Hammond, ministre des finances et considéré comme le numéro deux du gouvernement, a accordé une interview au journal allemand Die Welt am Sonntag. Hammond est généralement vu comme une force de modération au sein du gouvernement. C’est donc normal que c’est à lui qu’a incombé la tâche de menacer l’Union européenne, façon de montrer que le gouvernement parle d’une seule voix. Ce que Hammond a dit peut se résumer rapidement: «nous voulons rester avec une économie, un système de taxation et des règlementations à l’européenne. Mais si nous sommes obligés d’être quelque chose de différent, alors nous devrions devenir quelque chose de différent». Et le «quelque chose de différent» serait de créer une économie avec des taux de fiscalité fortement réduits et une dérégulation générale, afin d’attirer des investissements. Ce discours, qui a été appuyé par May et répété à Davos, a été vite repris en Europe et par l’opposition travailliste à Londres comme la preuve que les véritables intentions des conservateurs étaient de supprimer toute réglementation et de laisser libre-cours à un capitalisme sans entrave. Mais c’est loin d’être évident. D’abord, il a été clair de la part de Hammond aussi bien que de May, qu’il s’agissait, pour ainsi dire, d’un Plan B, à mettre en œuvre uniquement si l’Union européenne bloquait tout accord de libre-échange, donc si la ligne «on va les punir» prévalait. D’autres observateurs qui l’avaient compris ont conclu que c’était juste un bluff, une menace qui ne serait jamais mise en exécution. Ce n’est pas forcément vrai. Au cas où les négociations se termineraient dans une impasse, ce Plan B pourrait bien être mis en œuvre. On peut penser que c’est improbable, mais ce n’est pas impossible.
Dans un éditorial du 14 janvier, le Financial Times conclut avec le message suivant : « Le Royaume-Uni devrait chercher à avoir un accord basé sur l’équivalence, mais pas à n’importe quel prix. Mrs May devrait faire clairement comprendre que si elle ne peut pas obtenir un accord acceptable, elle quittera la table des négociations et utilisera la liberté que le Royaume-Uni vient de retrouver pour fixer ses propres règles et faire de la City un concurrent beaucoup plus farouche.
Hammond n’a pas dit autre chose, et May a affirmé qu’il valait mieux n’avoir pas d’accord du tout qu’un mauvais accord.


Le Financial Times avait défendu au moment du référendum le maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne. Mais aujourd’hui, le journal accepte le résultat et met sa considérable autorité derrière le gouvernement britannique. Cela fait partie d’un certain resserrement des rangs, qui a vu par exemple l’association CityUK, qui représente le secteur financier, abandonner la revendication du maintien du passporting et défendre la nécessité d’un accord qui permettrait de continuer à faire des affaires – acceptant donc de fait le Brexit. Cela se voit aussi dans l’attitude de Carney. Ce n’est pas un chèque en blanc et ce n’est pas le cas de tous ceux qui s’étaient opposés au Brexit, mais dans les cercles financiers et patronaux Theresa May renforce plutôt ses positions.
Revenons au discours de May, un discours long qui a couvert beaucoup de sujets. L’essentiel était bien sûr de préciser que le Royaume-Uni allait quitter le marché unique et n’accepterait pas entièrement l’union douanière dans la mesure où celle-ci empêche les Etats membres de conclure de manière indépendante des accords de libre-échange avec des pays tiers. Par ailleurs il vaut mieux mettre son discours en relation avec d’autres discours et initiatives.


May et son gouvernement sont souvent présentés en Europe (et même parfois au Royaume-Uni) comme étant centrés sur la question de l’immigration et comme étant plus à droite que le gouvernement précédent, celui de Cameron. Ces deux idées sont contestables. Certes, la question du contrôle de l’immigration est une question importante pour le gouvernement et pour une grande partie de la classe politique et de la population: cette préoccupation va bien au-delà de la minorité raciste. C’est une des raisons pour quitter le marché unique. L’autre est de se libérer des jugements de la Cour de justice européenne. On peut penser qu’à long terme, c’est plus important. Les politiques d’immigration peuvent évoluer dans un sens ou dans un autre. La sortie de la juridiction de la CJE est définitive.


Depuis qu’elle a quitté le pouvoir en 1990, l’héritage, les idées et les actions de Margaret Thatcher ont été considérés par la classe politique comme des acquis. Ils n’ont pas été sérieusement contestés, ni par son successeur John Major, ni par les dirigeants de New Labour Tony Blair et Gordon Brown, ni par David Cameron, ni, en gros, par les média et les intellectuels. Maintenant un nouveau vent se lève. On se rend compte que Margaret Thatcher a beaucoup détruit et peu construit et qu’on vit toujours avec les conséquences en termes d’inégalités, dislocation sociale, crise du logement, état lamentable du système de santé et ainsi de suite.
Dans un discours marquant au congrès du parti conservateur en 2002, May avait dit aux délégués: «vous savez comment les gens nous appellent ? Ils nous appellent «le parti dégueulasse». David Cameron a essayé d’améliorer l’image du parti sur des questions de société: il n’a pas touché à l’économie. Loin de rompre avec l’héritage de Thatcher, il voulait terminer son travail.


May est différente. On dit souvent d’elle que, comme première ministre, elle ne pourra rien faire d’autre qu’organiser la sortie de l’Union européenne. Il est vrai que cette question représente, comme on dit couramment outre-Manche, le plus grand défi pour un gouvernement britannique depuis la Deuxième Guerre mondiale. Si May ne faisait que s’occuper de cela, ce serait compréhensible. Mais elle veut aussi faire autre chose. Elle se situe dans la tradition de ce qu’on appelle le «conservatisme social». A la différence de Thatcher, elle pense que les problèmes de la société existent et elle le dit. Elle a aussi une autre vision de l’Etat, plus interventionniste. Dans un discours devant des banquiers et des patrons à Davos, peu apprécié par ses auditeurs, elle leur a dit qu’il fallait qu’ils paient leurs impôts et traitent mieux leurs salariés, et que les forces du marché seules ne pouvaient pas répondre aux besoins des gens. Elle a précisé: «Si vous réussissez tout juste à joindre les deux bouts, vous ne voulez pas d’un gouvernement qui se dégage, vous en un voulez un qui vous aide». Ce n’est pas du thatchérisme, c’est même une prise de distance très consciente avec le legs de la Dame de fer.


De retour de Davos, une semaine après son discours du 17 janvier, elle a dévoilé sa «stratégie industrielle». Le titre du Guardian la résume ainsi dans un gros titre: «Le plan industriel de Theresa May signale une évolution vers plus d’intervention par l’Etat». La journaliste note aussi le changement par rapport à Cameron, «qui avait plutôt une démarche de laisser-faire à l’égard de l’économie». La stratégie industrielle de May, tout comme son discours du 17 janvier, a été chaleureusement accueillie par la Confédération de l’industrie britannique, qui rassemble les patrons de ce qu’on peut appeler «l’économie réelle». Elle s’est aussi engagée à maintenir les droits sociaux qui font actuellement partie de la législation européenne.


May veut quitter l’Union européenne dans l’optique de conclure des accords de libre-échange à l’échelle mondiale. Qu’elle réussisse ou pas, c’est sa perspective. Et sur ce plan-là comme sur d’autres, elle n’a pas grand-chose en commun avec Donald Trump, même si elle va chercher à se servir de lui comme contrepoids à l’UE. Elle a un plan industriel et un plan de formation professionnelle: en plus, il faut revenir plus de quarante ans en arrière pour trouver des premiers ministres qui ont montré le même degré d’indépendance à l’égard de la City. Elle semble prendre au sérieux la crise du logement, alors que Cameron se limitait à un plan pour aider les jeunes gens aisés du Sud-Est à acheter leur première maison. Sa perspective est de mobiliser un soutien populaire en disant aux gens – «on va quitter l’UE et il y a des choses qui vont changer pour vous, on va s’occuper de vos problèmes». Elle n’est pas plus à droite que Cameron, ni plus à gauche d’ailleurs. Elle a une politique différente qui représente un début de rupture, sur certains plans, avec les quarante dernières années. Et ce qu’elle fait est dans l’air du temps. John McDonnell, bras droit de Jeremy Corbyn et porte-parole du Labour sur les finances, était l’un des premiers à le remarquer, en l’exagérant un peu.


May et son gouvernement vont avoir des négociations difficiles dans les mois et même les années qui viennent. Mais le rapport de forces est moins défavorable qu’on le dit souvent, et pas seulement à cause de l’importance de la City pour l’Europe. Elle est face à 27 Etats, qui agissent parfois comme un bloc derrière l’Allemagne, mais qui ont chacun leurs intérêts nationaux. Y compris l’Allemagne. Sigmar Gabriel, vice-premier ministre, a récemment défendu la nécessité des transferts fiscaux de l’Allemagne vers d’autres pays. Par souci de solidarité? Pas vraiment. Gabriel pense que l’éclatement de l’UE n’est plus impensable et que dans ce cas-là, «nos enfants et nos petits-enfants nous maudiraient, parce que l’Allemagne est le plus grand bénéficiaire de la communauté européenne – sur les plans économique et politique» (3). De son côté, Merkel a convoqué une réunion de ses principaux ministres pour discuter de l’attitude de l’Allemagne dans les négociations sur le Brexit. Le porte-parole du gouvernement met les points sur les ‘i’»: «Nous devons identifier les intérêts de l’Allemagne et les introduire dans les négociations». Quant au premier ministre néerlandais, Mark Rutte, dans une interview avec le Financial Times (11 décembre, 2016) où il soulignait les dangers de «plus d’Europe», qui alimenterait les populismes, il a conclu : Mon premier intérêt, c’est l’intérêt néerlandais» On pourrait multiplier ce type de déclaration par 27, et le gouvernement britannique en est bien conscient. D’ailleurs, le 12 janvier, le site Bloomberg lui a donné des pistes dans un article: «Sept stratégies pour le Brexit que Theresa May pourrait utiliser pour ronger l’unité de l’UE».

La Cour suprême du Royaume-Uni vient de confirmer, comme chacun s’y attendait, que le gouvernement sera obligé d’obtenir l’approbation du Parlement avant d’activer le fameux Article 50, qui déclenche le processus de sortie du Royaume-Uni de l’UE. Cela permettra de voir comment les différents courants politiques se situent. On y reviendra.

International

27-Jan-2017 Par

En Égypte, un anniversaire sur fond de crise économique

Tout juste six ans après le soulèvement révolutionnaire du 25 janvier 2011 qui a conduit à la chute de Hosni Moubarak, l’Égypte, toujours dirigée d’une main de fer par le président Abdel Fatah Al Sissi, s’enfonce dans une grave crise économique et financière.

En Égypte, un anniversaire sur fond de crise économique

Tout juste six ans après le soulèvement révolutionnaire du 25 janvier 2011 qui a conduit à la chute de Hosni Moubarak, l’Égypte, toujours dirigée d’une main de fer par le président Abdel Fatah Al Sissi, s’enfonce dans une grave crise économique et financière.

Depuis la destitution par l’armée en juillet 2013 de Mohamed Morsi, président élu issu des frères musulmans, et de la répression sanglante qui a suivi (on dénombre plusieurs centaines de tués par balles lors de la dispersion des sit-in de protestation an Caire en août 2013), c’est le maréchal Al Sissi qui a troqué son uniforme militaire contre le costume-cravate de président. Omniprésent, celui-ci se présente comme le garant de la sécurité et l’artisan de la relance économique du pays, bien mal-en-point suite à la crise économique mondiale de 2008 et les conséquences du «printemps arabe».


En janvier 2011 le slogan «Pain, liberté, justice sociale» scandé par les manifestants dans les rues d’Égypte lors du soulèvement révolutionnaire cristallisait bien la situation du pays: un régime politique dictatorial verrouillé et une situation sociale catastrophique avec un chômage de masse chez les jeunes, un accès au logement très difficile, des salaires de misère, une éducation publique moribonde et un système de santé de plus en plus catastrophique pour la majorité de la population. Et c’est d’ailleurs un mouvement de grève massif dans tout le pays qui a fini par pousser Hosni Moubarak à démissionner: les militaires qui ont assuré la transition par la suite, avant l’élection de Morsi en été 2012, ont bien compris la nature des événements. C’était un réel mouvement révolutionnaire, large et bien déterminé qui était prêt à remettre en cause non seulement un régime politique dictatorial en place depuis 3 décennies, mais aussi le système de production même. Al Sissi, qui était déjà à ce moment membre du conseil suprême des forces armées qui a assuré la transition, a bien retenu les leçons de cette période trouble. Il est devenu en quelque mois le chef de file de la contre-révolution et de la revanche des forces de l’ancien régime, police et armée en tête.


Une répression généralisée

Bien qu’initialement orientée à l’encontre des frères musulmans, la répression du régime s’est très vite étendue à toute forme d’opposition. Les arrestations et les disparitions forcées se comptent par centaines. Cas le plus médiatisé en Europe, la disparition et l’assassinat de Giulio Regeni est en effet un indicateur interpellant. L’enlèvement, la torture et le meurtre il y a tout juste un an de cet étudiant italien à l’université américaine du Caire, probablement par la police égyptienne (l’enquête est toujours en cours et a causé un refroidissement temporaire des relations diplomatiques entre l’Italie et l’Égypte) montre bien le niveau d’impunité dont dispose maintenant les forces de police. En plus des disparitions, on ne compte plus les tués par balles par des officiers, les tortures dans les commissariats ou les arrestations d’opposants.


Un arsenal législatif s’est aussi mis en place rapidement. Une des premières lois votées par le parlement après l’arrivée de Sissi au pouvoir restreint fortement le droit de manifester, et conditionne toute manifestation à une autorisation du ministère de l’intérieur. De nombreux égyptiens et égyptiennes ont ainsi été emprisonnés, y compris de nombreux mineurs.
Une autre loi s’attaque aux ONG et vise à réduire le peu de liberté qu’elles ont encore. En prétextant mettre fin à l’ingérence étrangère via le financement de différentes ONG, cette loi très controversée vise en fait à faire taire toute forme de résistance au régime. L’ONG « AL Nadeem », qui fournit une aide psychologique aux victimes de la torture, a par exemple reçu la visite de fonctionnaires du ministère de la santé venu fermer le centre prétextant une absence d’autorisations. Leur comptes en banque ont été gelés temporairement et une membre fondatrice, le Dr. Aïda Saif Al Dawla empêchée à l’aéroport du Caire de quitter le pays pour se rendre à un congrès à Tunis.


Dans le Sinaï, c’est une vrai guerre qui se déroule entre le régime et des milices djihadistes de mieux en mieux armées et nombreuses. L’oppression et l’humiliation des habitants du nord de la péninsule, en grande partie des bédouins, déjà sous l’ère Moubarak sous prétexte de lutte contre les plantations de marijuana, ne fait qu’alimenter l’insurrection. Et la proximité de la frontière avec Gaza, fermée la plupart du temps, ne fait qu’empirer la situation: maisons rasées pour détruire les tunnels reliant Gaza à l’Égypte, déplacement de population… De plus, le mouvement des frères musulmans, longtemps resté à l’écart de la lutte armée, est poussé dans cette voie. En effet, le mouvement est déclaré « organisation terroriste » et la sanglante répression entamée à l’été 2013 pousse des sympathisants de plus en plus vers la lutte armée. Le « tout-répressif » dans le Sinaï permet en tous les cas à Al Sissi d’alimenter la peur du terrorisme et de justifier des dépenses militaires faramineuses: Rafales et frégates achetées à la France, sous-marin à l’Allemagne… Mais si cette violence, qui commence à se répandre ailleurs dans le pays (une explosion dans une église du Caire la veille de Noël a tué des dizaines de fidèles), lui permet de justifier sur le plan intérieur une restriction brutale des libertés, elle lui pose aussi de grosses difficultés à présenter le pays comme « attractif » aux investisseurs étrangers, dans un contexte économique catastrophique.


Crise financière et économique

Plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour expliquer la situation économique désastreuse. La chute des revenus du tourisme depuis le départ de Moubarak est conjuguée à une baisse des revenus du canal de Suez. La baisse du commerce mondial suite au ralentissement économique en Chine en est une raison, mais l’ouverture d’une nouvelle voie de passage via l’arctique (en raison de la fonte des glaces) est également non-négligeable. Dans un contexte au Proche-Orient extrêmement tendu avec la crise syrienne, l’Égypte s’est retrouvée avec un manque important de devises en 2016.
Face à l’explosion du marché noir et face aux exigences du FMI pour octroyer un prêt de 12 milliards de dollars, le gouvernement a décidé de libéraliser le taux de change et de fortement réduire les subsides sur l’énergie. Résultat: une perte de valeur de plus de 50 % de la livre égyptienne par rapport au dollar et une inflation galopante. Énormément de secteurs de l’économie son dépendant de matières premières achetées sur le marché mondial en dollar, et de nombreux produits de base comme le sucre ou le blé sont en bonne partie importée. Les prix des médicaments ont aussi fortement augmenté, dans un pays où des soins de santé de qualité sont quasi inaccessible aux plus pauvres et où les infrastructures médicales se dégradent de plus en plus.


L’armée égyptienne est dans ce contexte un acteur économique de plus en plus important. Déjà propriétaire de nombreuses usines (alimentations, équipements…) elle diversifie son activité de plus en plus, en démarrant par exemple de gigantesques projets hôteliers, comme à Alexandrie où d’immenses hôtels sont construits sur le bord de mer.
Et l’inauguration en grande pompe de la deuxième voie navigable du canal de suez en 2016 et de ses futures zones franches n’apporte pas les résultats promis. L’autorité du Canal de Suez ne publie d’ailleurs plus les chiffres de ses revenus…


La classe politique et l’élite économique, complètement discréditée aux yeux de la population, maintient un train de vie indécent et les affaires de corruption font régulièrement la une des journaux. Ainsi des millions de dollars et d’euros ont été retrouvé début janvier au domicile du secrétaire général du conseil d’État. Celui-ci a été retrouvé mort dans sa cellule peu de temps après son arrestation et bien évidement avant d’avoir pu être interrogé…


Mobilisations?

Malgré tout, dans ce contexte particulièrement morose comparé à l’immense espoir suscité par le mouvement révolutionnaire de 2011, des mouvements de protestation se déclenchent régulièrement. Ainsi, en janvier 2016, suite aux coups donné par des officiers de police à deux médecins refusant de falsifier des certificats médicaux, un grand mouvement de protestation secoua la profession. Une assemblée générale au siège du syndicat des médecins au Caire rassembla des milliers de membres, beaucoup rassemblés dans la rue devant le bâtiment en scandant des slogans hostile au régime.
Quelques mois plus tard, c’est de nombreuses manifestations spontanées qui ont suivi l’annonce par le président Al Sissi de redéfinir les frontières maritimes avec l’Arabie Saoudite et de rétrocéder deux petits îlots de la mer rouge.
Et plus récemment, suite à l’attentat contre l’église au Caire la veille de Noël, de nombreux chrétiens coptes se sont rassemblés devant l’église visée par l’attaque. Ils ont expulsé les quelques journalistes vedettes venu visiter les lieux (en fait de simple marionnettes du régime distillant docilement sa propagande) et exprimé leur colère à l’encontre d’un gouvernement qui ne fait pas grand-chose pour enrayer les violences sectaires. Certains ont même osé crier «A bas le régime!» Un premier avertissement à destination du «maréchal-président»?


Sources:
http://orientxxi.info/
http://www.madamasr.com/en

International

27-Jan-2017 Par

La campagne BDS pour les droits des palestiniens n’a cessé de croître en 2016 – Bilan

Dans la présente contribution, il s’agit de faire partager aux lecteurs les nombreuses et diverses formes d’impact du mouvement dans le monde au cours de l‘année 20161, suite au bilan que vient d’en opérer le BNC, le Palestinian BDS National Committee. Ce récapitulatif est loin d’être complet. Il reflète bien, cependant, l’évolution globale du mouvement et les tournants en cours. Il reflète surtout son caractère irréversible, car les dizaines de millions d’euros consacrés à sa répression par l’État d’Israël et les dizaines de milliers de personnes mobilisées par Israël pour l’y aider, n’ont pas réussi à arrêter sa croissance. Bien au contraire.

La campagne BDS pour les droits des palestiniens n’a cessé de croître en 2016 – Bilan

Dans le numéro du 23 décembre 2016 de Goosch.lu, nous avons expliqué diverses mesures atteignant à la liberté d’expression de nombreux militants et sympathisants de la campagne BDS (Boycott-Désinvestissement- Sanctions), suite à l’extension et à l’impact croissant de celle-ci. Plus particulièrement, nous avons mis en évidence la priorité que l’État d’Israël accorde depuis quelques années à une campagne qu’il dénigrait jusque là, mais qu’il considère désormais comme une «menace stratégique», selon les termes mêmes de ses plus hauts responsables.

Dans la présente contribution, il s’agit de faire partager aux lecteurs les nombreuses et diverses formes d’impact du mouvement dans le monde au cours de l‘année 2016 [1], suite au bilan que vient d’en opérer le BNC, le Palestinian BDS National Committee. Ce récapitulatif est loin d’être complet. Il reflète bien, cependant, l’évolution globale du mouvement et les tournants en cours. Il reflète surtout son caractère irréversible, car les dizaines de millions d’euros consacrés à sa répression par l’État d’Israël et les dizaines de milliers de personnes mobilisées par Israël pour l’y aider, n’ont pas réussi à arrêter sa croissance. Bien au contraire.


Récapitulatif de l‘impact


2016, une année marquante pour le BDS …

Les Palestiniens et les défenseurs de la liberté, de la justice et de l’égalité pour les Palestiniens se souviendront de cette année 2016, entre autres comme de l’année où Israël aura mené, contre le mouvement BDS mondial lancé par les Palestiniens pour leurs droits déjà en 2005, une guerre sans merci [2] , dans une tentative désespérée pour l’écraser.
Mais on se souviendra également de 2016 comme de l’année d’un échec spectaculaire d’Israël, alors que BDS n’a cessé de s’étendre et que son impact sur le régime israélien d’occupation, de colonialisme par le peuplement et d’apartheid s’intensifiait.
En 2016, Israël a déployé d’énormes actifs financiers, un espionnage intensif, une propagande bien huilée, du cyber «sabotage» et, avec encore plus d’intensité, une guerre juridique contre les défenseurs des droits de l’Homme et les réseaux BDS.


… malgré la guerre médiatique, politique et juridique menée par Israël à son encontre

Très contrarié par l’extension de BDS en Occident, en Amérique latine, dans le monde arabe, en Afrique du Sud et dans une partie de l’Asie, Israël a espéré mettre à profit son énorme influence sur le Congrès et les parlements des États-Unis, ainsi que sur les gouvernements de la France, du Royaume Uni et du Canada entre autres, pour interdire BDS. Israël a essayé de stigmatiser, de diaboliser et, dans certains cas, de délégitimer BDS par le haut, après avoir échoué à écraser le mouvement au niveau de la population et de la société civile mondiales. Or, tout au long de cette année, BDS est devenu de plus en plus fort.


D’importantes multinationales…

… dont Orange [3] et CRH [4], ont abandonné leur implication dans des projets israéliens qui empiètent sur les droits des Palestiniens. Cet abandon a suivi la sortie de Veolia [5] d’Israël en 2015, après que cette société avait perdu des offres de milliards de dollars à cause des sept ans de campagne BDS.
Également cette année, des dizaines de conseils municipaux, principalement en Espagne, se sont déclarés «Zones Libres d’Apartheid» [6], et d’importantes Églises des États-Unis ont retiré leurs investissements des banques israéliennes ou de sociétés internationales qui soutiennent l’occupation.
BDS a par ailleurs renforcé ses coalitions intersectorielles avec, entre autres, les mouvements pour la justice raciale, économique, de genre et climatique à travers le monde.


BDS a gagné du soutien légal et politique

Une victoire exceptionnellement remarquable pour le mouvement BDS en 2016 fut qu’il a gagné du soutien pour le droit de boycotter Israël, en soutien aux droits des Palestiniens selon le droit international, de la part de l’Union Européenne, du gouvernement de la Suède, des Pays Bas et d’Irlande, ainsi que d’Amnesty International, de l’Union Américaine pour les Libertés Civiques, de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et de centaines de partis politiques, de syndicats et de mouvements sociaux du monde entier.


L’UE reconnaît le «droit au BDS»!

L’importance de la clarification de la Haute représentante de l’UE (déjà mentionnée en décembre dernier) n’a échappé à personne. En réponse à une question de la députée Martina Anderson pour savoir si la Commission de l’UE s’engagera à défendre le droit des militants BDS à exercer leur liberté démocratique d’expression, la Haute représentante de l’UE a répondu:

« L’UE se situe fermement dans le soutien à la liberté d’expression et d’association conformément à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui s’applique sur le territoire des États membres de l’UE, y compris en ce qui concerne les actions BDS menées sur ce territoire ».

Madame Mogherini a aussi affirmé que:

« La liberté d’expression, comme le souligne la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme, s’applique aussi aux informations ou aux idées «qui choquent ou dérangent l’État ou tout secteur de la population. »


Les actions de la société civile via BDS accèdent à une logique de pression internationale

La logique d’«apaisement» du régime israélien d’oppression a commencé à céder la place à une logique de pression internationale soutenue, qui a prouvé son efficacité dans le combat pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, par exemple, a adopté, dans sa réunion du mois de mars 2016, la décision de créer une base de données de toutes les sociétés israéliennes et internationales qui sont complices et profitent du régime israélien d’occupation. Ce remarquable développement a rendu nerveuses de nombreuses sociétés impliquées dans les graves violations du droit international par Israël.

La résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU, datée du 23 décembre 2016, dénonçant la construction et l‘extension des colonies israéliennes de peuplement, a mis un comble à l‘énervement des Israéliens, Barack Obama profitant de sa fin de mandat pour ne pas utiliser son droit de véto. L’arrivée de Trump à la Maison Blanche risque, certes, d’annoncer de nouveaux moments difficiles pour les Palestiniens et les organisations qui les soutiennent dans leur lutte légitime. Il n’en reste pas moins que des pas décisifs nous semblent avoir été franchis. Nous y reviendrons en fin d’article.




La liste ci-dessous résume quelques-uns des indicateurs les plus significatifs de l’impact, direct et indirect, de BDS dans différents domaines. Nous les présentons ci-dessous, non dans l’ordre chronologique – qui relève de la logique de rapport annuel du BNC – mais dans un classement par thème ou domaine.


Domaines et thèmes des campagnes menées


À l’encontre de multinationales

Orange laisse tomber son affiliation à Israël après une intense campagne BDS en Égypte et en France.
– La société irlandaise CRH devient la dernière multinationale à quitter Israël.
– La société de sécurité G4S perd un important contrat en Colombie.
– G4S annonce des plans de sortie du marché israélien, mais la campagne BDS contre lui continue.


De la part d’États, de municipalités, de provinces

– La Suède devient le premier Etat européen à reconnaître le droit au BDS contre Israël.
– Les gouvernements néerlandais et irlandais défendent le droit au boycott d’Israël au nom de la liberté de parole et de la liberté d’association.
– Le Parlement d’Ontario (Canada) rejette une loi anti BDS.
– L’institution Publique du Koweït pour la Sécurité Sociale (PIFSS) se désinvestit de G4S.
– En Espagne, la province de Cordoue se déclare Zone Libre d’Apartheid Israélien et approuve la coopération avec le mouvement BDS.
– La province brésilienne de Bahia annule son accord de coopération avec la compagnie des Eaux Mekorot de l’Israël d’apartheid.
– Le Conseil municipal de Bondy, près de Paris, adopte très largement un boycott des produits des colonies israéliennes.


De la part d’organisations internationales

– Le Conseil Palestinien des Organisations de Droits de l’Homme (PHROC) défend le droit de pratiquer le BDS contre Israël, parce que protégé par la législation internationale.
– L’UNICEF en Jordanie met fin à son contrat avec G4S.
– L’UNOPS devient la troisième agence de l’ONU à abandonner G4S.


De la part de grandes organisations de la société civile, de partis, de syndicats

– Les organisations, centres et associations de femmes palestiniennes appellent les femmes et les féministes du monde entier, ainsi que les organisations et collectifs de femmes, à souscrire à l’Appel BDS.
Amnesty International soutient le droit des défenseurs des droits fondamentaux des Palestiniens engagés dans BDS, condamnant les menaces d’atteintes physiques et de privation des droits fondamentaux portées contre eux par Israël.
– Les partis néerlandais D66 et Gauche Verte appellent à des sanctions contre Israël.
– La campagne BDS marocaine convainc des dizaines de commerçants de boycotter les dattes israéliennes.
– Les plus gros syndicats britanniques exhortent G4S à cesser de profiter de l’occupation israélienne
– Le Secrétariat aux droits de l’Homme de la Fédération Uruguayenne des Travailleurs du Commerce et des Services appelle au boycott des produits israéliens et demande aux entreprises d’Uruguay de couper leurs liens avec l’apartheid israélien.
– La Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) soutient le droit au BDS.
356 organisations européennes de défense des droits de l’Homme, des églises, des syndicats et des partis politiques appellent l’UE à soutenir leur droit au boycott.
– Une large coalition de groupes de défense des droits civiques, des droits de l’Homme et de solidarité avec la Palestine aux États Unis, dont l’Union Américaine pour les Libertés Civiques (ACLU), soutient le droit au BDS en tant que forme de liberté d’expression protégée par la constitution.
– Le Centre Sud-africain pour l’Etude de la Violence et la Réconciliation retire sa participation à une conférence en Israël sur les études de génocide.
– L’Internationale Socialiste, une coalition majeure des partis socialistes de plus de 100 pays, reconnaît BDS comme stratégie efficace pour combattre l’occupation israélienne et le déni des droits des Palestiniens.
– Des militants soutenus par les principales associations de défense des droits civiques empêchent une législation anti BDS de passer au sénat de l’État du Massachusetts.


De la part d’Églises

– L’Église Méthodiste Unie se désinvestit des banques israéliennes qui financent l’occupation.
L’alliance des Baptistes (USA) se désinvestit des sociétés qui profitent de l’occupation israélienne.
– La Conférence Catholique des Supérieurs Majeurs des Instituts Masculins des États Unis appelle au boycott des colonies israéliennes illégales.
– L’Église Congrégationaliste Unitaire d’Afrique du Sud (UCCSA) adopte BDS.
– L’assemblée de l’Église presbytérienne des USA vote l’étude de l’appel au BDS et s’engage, avec ses auteurs, à faire appel au gouvernement américain pour qu’il reconsidère son aide militaire à Israël.


De la part d’universités, d’universitaires, de campus

– Des centaines d’universitaires du Brésil et d’Italie rejoignent le boycott académique d’Israël.
– Le Syndicat du Collège de l’Université de Londres vote le soutien à BDS.
– Des dizaines d’universitaires de l’université Columbia (NewYork) appellent au désinvestissement du système israélien d’assujettissement.
– Les étudiants de la faculté de Droit de l’université du Chili votent très majoritairement pour BDS.
– La semaine Israël Apartheid de 2016 a été la plus importante jusqu’alors, des groupes de plus de 225 villes et campus universitaires ayant enregistré leur participation. Le développement de la semaine Israël Apartheid dans des pays d’Amérique Latine et dans le monde arabe est particulièrement stimulant.
– L’Union des étudiants de troisième cycle de l’Université de New York, qui fait partie de la section locale 2110 du syndicat UAW, rejoint BDS par un vote largement majoritaire.
– L’Association des Assistants d’Enseignement (section locale TAA/AFT 3220) de l’université du Wisconsin à Madison, le plus ancien syndicat d’étudiants de second cycle des États Unis, se prononce par un vote écrasant pour le désinvestissement des institutions étatiques.
– Des milliers d’universitaires et d’intellectuels arabes de la région du Golfe condamnent la normalisation avec le régime israélien d’oppression et souscrivent au boycott académique et culturel à son encontre.
– L’Assemblée Générale Universaliste Unitarienne a endossé le désinvestissement des sociétés israéliennes complices de l’apartheid israélien et des corporations internationales complices des violations des droits des Palestiniens.
– L’Union des étudiants d’une université canadienne d’Halifax vote la vente de ses investissements dans des sociétés soutenant les violations des droits de l’Homme par Israël, dont Toyota, Caterpillar, Teva et General Mills.


De la part et auprès d’acteurs culturels et sportifs

– BDS va jusqu’aux Oscars, demandant aux nommés de renoncer au voyage de propagande en Israël.
– Le géant du sport Reebok annule un modèle de baskets célébrant «l’indépendance» d’Israël.
– Le festival de la Semaine des écrivains de Listowel en Irlande rejette la demande de financement de l’ambassade d’Israël à Dublin.
Pharrell Williams, dix fois lauréat des Grammy Awards, annule son concert à Tel Aviv sans explication.



Et au Luxembourg ?


Au Luxembourg, depuis 2015 jusqu’à au moins 2017 sinon 2018, plusieurs dossiers-clés sont au travail, qui relèvent des diverses dimensions du BDS, tant au niveau de l’information du grand public que de l’interpellation des autorités du pays:


1. L’étiquetage correct des produits israéliens fabriqués illégalement dans les colonies israéliennes et exportés en Europe et, à terme, l’interdiction d’importer ces produits en Europe

L’étiquetage correct des produits israéliens fabriqués illégalement dans les colonies israéliennes et exportés dans l’UE – donc au Luxembourg – sous une étiquette mensongère: «Made in Israël». Il s’agit d’amener le Gouvernement du pays à mettre en œuvre la Communication interprétative relative à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967 (2015/C 375/05). Plusieurs pays de l’UE ont déjà produit les directives nationales devant mettre en pratique cette directive européenne : la Belgique, il y a deux ans – mais peu d’applications apparentes -, mais aussi la France, récemment, avec de premières applications.
Mais ces directives ne répondent qu’à une partie du problème: celui de l’information correcte aux consommateurs, d’une part, celui de refuser l’exemption des taxes douanières sur ces produits à leur entrée dans l’Europe. En fait, ces produits étant créés dans des conditions illégales selon le droit international, c’est leur entrée dans l’UE qui devrait être interdite, sous peine de complicité avec les pratiques israéliennes de colonisation. D’où un nouveau volet pour la campagne «B» du BDS.


2. Au niveau de l’Université du Luxembourg, deux dossiers sont apparus douteux et sont en voie de discussion:

a. Les coopérations de l’Université du Luxembourg avec des Universités israéliennes directement ou indirectement impliquées dans les politiques d’occupation et de colonisation de la Palestine ou complices de celles-ci.
b. La participation de l’Université et de l’aéroport du Luxembourg à un projet de recherche intitulé Flysec, dans le cadre du programme UE de recherches, Horizon 2020, à côté de et avec la société Elbit Systems, le plus gros producteur et commerçant israélien d’armes.


3. L’accueil au Luxembourg, avec tous les avantages liés à cette présence, de la société Elbit Systems elle-même, impliquée directement dans les politiques d’occupation, de colonisation, de guerres contre Gaza …

Les questions que pose ce type d’ «accueil» sont remontées à la surface à l’occasion de la visite du 1er Ministre, Xavier Bettel, en Israël, en septembre 2016. Ces questions rebondissent en de nouvelles questions, complémentaires: avec quelles entreprises israéliennes est-il cohérent ou non cohérent de travailler? Quels critères utiliser? Quels moyens se donner pour ne pas devenir complices de pratiques et de politiques condamnées par le Droit international? Ces questions et leurs contextes ont été présentés une première fois au Ministère du Commerce extérieur.


4. L’éventuelle complicité de banques luxembourgeoises avec l’occupant israélien dans la «chasse aux sorcières» contre des promoteurs de la campagne BDS et … plus simplement, des Droits de l’homme en Israël-Palestine.

Au Luxembourg, se sont présentés antérieurement des cas d’institutions bancaires interdisant des transactions financières, des versements de dons ou de soutiens d’associations du Luxembourg à des associations de certains pays du Tiers-Monde, ou fermant carrément les comptes bancaires desdites associations. Serions-nous confrontés aux mêmes dérives de certaines banques qui refusent aujourd’hui de faire suivre des fonds à des organisations palestiniennes des Droits de l’homme, sous prétexte que ces associations seraient sur des «listes rouges»? Quelles «listes rouges»? Gérées par qui, avec quels pouvoirs, au nom de quoi et de qui? Sur base de quelles sources? Les banques sont plutôt sourdes à ce genre de questions, et renvoient à d’autres instances, qui renvoient à d’autres instances … Malgré cela, les évidences commencent à paraître concernant le recours à des sources plus que douteuses et très peu objectives en ces matières.


Il y a du pain sur la planche, au Luxembourg !

La liste et la variété des actions BDS menées de par le monde en 2016, ainsi que les dossiers en cours au Luxembourg nous suggèrent assez clairement qu’ «il y a du pain sur la planche» au petit Grand-Duché. Et que le Luxembourg, pas plus que d’autres pays, n’est «au-dessus de tout soupçon». Si diverses instances montrent une volonté réelle de cohérence des politiques et qu’avec le Cercle des ONG tout un chantier de plus grande cohérence s’est ouvert il y a quelques années, il n’en reste pas moins que plusieurs dossiers épineux et difficiles sont arrivés sur diverses tables et seront mis au travail avec toute la rigueur nécessaire dans les mois qui viennent.

Grâce aux colonnes que Goosch.lu a bien voulu nous ouvrir, nous vous tiendrons donc au courant de l’évolution de ces dossiers. Qui plus est, toute campagne BDS est un travail collectif pouvant impliquer beaucoup de monde, à commencer par les militants de partis politiques et de syndicats engagés positivement en vue d’une réponse juste aux Droits du peuple palestinien. Oui, le «moment sud-africain» de la campagne BDS en faveur de la Palestine et d’une paix juste au Proche-Orient semble approcher. Il est temps. Il est grand temps!



[1] L’essentiel de cet article reprend, complète et restructure le récapitulatif annuel réalisé et publié à Londres le 28 novembre 2016 par le BNC (le Palestinian BDS National Committee) et traduit en français pour et par l’Aurdip (Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine). Les positions explicites ou implicites présentes ici n’engagent que leur auteur.
[2] Sur cette guerre, voir Lien. Nous y reviendrons en détail dans une contribution ultérieure.
[3] Pour Orange, voir Lien
[4] Pour la CRH (Cement Roadstone Holdings – ), compagnie irlandaise de matériaux de construction, mais aussi la plus grosse entreprise de l’Irlande.
[5] Veolia est une multinationale présente sur les cinq continents avec 174 000 salariés, qui assure la gestion de l’eau, la gestion des déchets, et la gestion énergétique.
[6] Les textes apparaissant en bleu souligné indiquent des liens internet vers les sites où des informations précises peuvent être trouvées si, à la lecture sur l’ordinateur, le lecteur clique sur la artie du texte soulignée.

International

27-Jan-2017 Par

Donald Trump président : le changement c’est maintenant !

Le nouveau président des Etats Unis n’a pas perdu son temps pour imprimer son empreinte sur la politique intérieure et extérieure de la 1ère puissance mondiale… Non sans provoquer des vagues de protestations et de réactions qui sont le prélude à une accélération prévisible de l’instabilité et des tensions intérieures comme extérieures.

Donald Trump président : le changement c’est maintenant !

Le nouveau président des Etats Unis n’a pas perdu son temps pour imprimer son empreinte sur la politique intérieure et extérieure de la 1ère puissance mondiale… Non sans provoquer des vagues de protestations et de réactions qui sont le prélude à une accélération prévisible de l’instabilité et des tensions intérieures comme extérieures. Le changement, c’est maintenant, mais pas forcément celui dont rêve l’homme « le plus puissant du monde ».
Ceux qui croyaient que Donald Trump allait s’assagir en endossant le costume présidentiel se sont trompés. A moins qu’ils n’aient eu raison trop tôt… Au lendemain de son investiture, les choses étaient claires : les attitudes provocatrices et la ligne ultra-droitière étaient bien rentrées à la Maison Blanche, par la porte ou par la fenêtre, peu importe.

Tambours et trumpettes

Cela a commencé par les polémiques risibles sur la taille de la foule qui était venue assister à son investiture. Le nouveau président a tenu, contre l’avis de ses conseillers, à allumer un contre-feu pathétique pour essayer de minimiser les manifestations de protestation massives qui se sont organisées dès le lendemain de son entrée à la Maison Blanche.
Sans attendre, le nouveau président a pris des décrets contre l’Obama Care et contre l’avortement. La portée réelle de ces décrets n’est pas énorme, mais la symbolique était puissante. Dans le même temps, il semait le trouble au plan international en attaquant l’Union européenne et la Chine. Un peu plus tard, il tentait de museler l’Agence de Protection de l’Environnement américaine pour l’empêcher de prendre des positions qui contredirait sa politique extractiviste et climato sceptique. Le résultat ne s’est pas fait attendre : plusieurs institutions comme le « Badlands national Park » se sont mis à tweeter à frénétiquement pour rappeler quelques douloureuses vérités sur le changement climatique et ses causes. Effet boomerang garanti ! Ensuite, il jetait un froid glacial sur les relations avec le Mexique… Et notre clavier made in China n’est pas assez rapide pour relater toutes ses décisions ou prises de position fracassantes. C’est sans doute la preuve que la Chine n’est pas uniquement un adversaire commercial pour les Etats-Unis, mais cela semble échapper complètement au nouveau président.
En face, la résistance s’organise. Les manifestations de masse représentent un événement historique dans l’histoire des Etats-Unis car elles ont vu converger les mouvements féministes, la jeunesse, le mouvement « Black lives matter » et la classe ouvrière. La gauche radicale a joué un rôle non négligeable, notamment autour de Kshama Sawant et de son organisation « Socialist Alternative ».

Que faire ?

Cette irruption du peuple américain sur la scène est prometteuse. Mais encore faut-il qu’une stratégie de résistance claire en émerge. Sur ce point, la partie n’est pas encore gagnée, mais les raisins de la colère sont mûrs.
Le plus grand défi que le mouvement de résistance anti-Trump devra relever est de couper les ponts avec le Parti démocrate. Hillary Clinton a déclaré que « Trump mérite notre soutien » et « qu’il faut lui laisser une chance ». L’âpreté de leurs débats n’était donc qu’une mauvaise comédie. Il n’est donc plus permis d’espérer que les Démocrates puissent encore représenter une alternative ou un moindre mal par rapport à la nouvelle situation. Et l’ère Obama ne doit pas être idéalisée, comme de nombreux médias ont tenté de le faire… Car Barack Obama est quand même le président qui a largué le plus de bombes sur les populations notamment au Proche-Orient. Et son bilan social n’est pas vraiment glorieux.
Pour un nombre croissant d’Américains, il apparaît clairement qu’une nouvelle force doit émerger pour représenter les intérêts de 99% contre l’Establishment représenté par les Républicains comme les Démocrates. Les divergences des 2 grands partis historiques ne portent en réalité que sur les modalités de la domination de la classe capitaliste sur le reste de la population.

Socialisme ou barbarie

La perspective d’une relation de plus en plus turbulente entre les États-Unis et la Chine notamment, avec de sérieux conflits commerciaux et économiques, n’est pas une fiction. Elle suscite à juste titre les craintes des commentateurs capitalistes. Les surenchères militaires et les exercices de musculation se multiplient. Ils sont symptomatiques des divisions profondes qui traversent les classes dirigeantes du monde entier, lesquelles sont de moins en moins capables d’élaborer la moindre réponse, même partielle, à la crise du capitalisme. Tout cela confirme le fait que le capitalisme entraîne l’humanité plus profondément dans la crise et les calamités. Nous gardons toutefois notre optimisme face à ces nuages sombres parce que nous voyons l’autre face de la pièce, avec la résistance croissante des travailleurs et des jeunes du monde entier face au capitalisme et à ses représentants politiques. C’est ce qui ressort le plus clairement de l’opposition de masse à Trump qui s’est déjà amorcée avant même son entrée à la Maison Blanche. La réponse nécessaire à Trump, et au nationalisme de droite dans tous les pays, est la construction d’une alternative populaire de la classe ouvrière avec un programme socialiste clair, c’est-à-dire un programme qui place les intérêts de l’immense majorité de la population avant la soif de profit de quelques-uns.

Divers

13-Jan-2017 Par

Black lives matter : you can’t have capitalism without racism !

Black Lives Matter (« les vies des Noirs comptent ») est un mouvement militant afro-américain qui se mobilise contre la violence ainsi que le racisme systémique envers les Noirs. Les membres de Black Lives Matter organisent régulièrement des manifestations et se mobilisent contre les meurtres de personnes noires par des policiers.

Black lives matter : you can’t have capitalism without racism !

Black Lives Matter (« les vies des Noirs comptent ») est un mouvement militant afro-américain qui se mobilise contre la violence ainsi que le racisme systémique envers les Noirs. Les membres de Black Lives Matter organisent régulièrement des manifestations et se mobilisent contre les meurtres de personnes noires par des policiers. Ils accordent une importance particulière au profilage racial, à la brutalité policière ainsi qu’à l’inégalité raciale dans le système de justice criminel des États-Unis.

Le mouvement est né en 2013 sur Twitter avec le hashtag #BlackLivesMatter, à la suite de l’acquittement de George Zimmerman, un Latino-américain coordonnant la surveillance du voisinage, qui avait tué l’adolescent noir Trayvon Martin en Floride.

Le racisme imprègne tous les pores de la société américaine. La police raciste multiplie les arrestations arbitraires et le harcèlement qui dérape trop souvent vers la brutalité et le meurtre. Au moins 193 personnes noires ont été tuées par la police rien qu’en 2016 ! Les politiques économiques racistes, privant les Noirs de l’accès aux bons emplois et au logement, durent depuis la fin de l’esclavage. L’inégalité raciale se perpétue dans le système éducatif en raison du manque d’écoles de qualité et de la montée en flèche des droits de scolarité et des coûts qui affectent de façon disproportionnée les Noirs. Et le système politique, par l’élimination des électeurs, la privation de droits, ainsi que le biais des médias, utilise le racisme pour soutenir cette société profondément inégale.

Tout cela n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est la prise de conscience croissante et la détermination croissante à lutter contre le racisme, en particulier au sein de la « génération millénaire » (18-35 ans). Au cours des deux dernières années, le mouvement Black Lives Matter, à travers des manifestations, des marches et des rébellions majeures à Ferguson et à Baltimore, a ébranlé la société américaine.

Prise de conscience

Grâce aux efforts des militants noirs et antiracistes, une prise de conscience contre le racisme s’est développée aux États-Unis. Un sondage récent indiquant une augmentation de 10% du soutien au mouvement Black Lives Matter (de 41 à 51%) démontre l’impact puissant de ce mouvement sur la société américaine. Les jeunes et la plupart des gens de la classe ouvrière sont scandalisés de l’oppression structurelle contre les Noirs et les autres personnes de couleur.

Cette détermination et la volonté grandissante de changer radicalement le système et de lutter contre le racisme sont une base solide pour construire un mouvement de résistance large contre la politique raciste, sexiste et antisociale de Donald Trump.

L’écrivain Shaun King, une des figures dominantes du mouvement, a déjà donné une impulsion dans cette direction en appelant à organiser une vague de boycotts économiques pour mettre fin à la brutalité policière et aux injustices raciales aux Etats-Unis. Le boycott était organisé à l’échelle nationale, et ciblait :

– des villes entières et des états, comme ce fut le cas en Caroline du Nord contre le projet de loi anti-LGBT ;

– des marques et des sociétés particulières qui s’assoient à l’oppression systémique et en tirent profit ;

– certaines marques et sociétés dont le siège est situé dans des villes et des États notoires pour la brutalité policière et la violence raciale, qui ne font rien ou presque pour s’y opposer ;

– des institutions particulières, y compris des banques, qui financent, informent, forment ou soutiennent autrement l’oppression systémique et la brutalité.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, Black Lives Matter organise de grands rassemblements pour protester contre l’investiture et la politique de Donald Trump.

Pas de capitalisme sans racisme

«Vous ne pouvez pas avoir le capitalisme sans racisme.» C’est la conclusion à laquelle Malcolm X est parvenu après des années de lutte.

Fred Hampton, dirigeant des Black Panthers à Chicago expliquait que «Les masses appartiennent à ce que vous appelez la classe inférieure, et quand je parle des masses, je parle des masses blanches, je parle des masses noires et des masses brunes, et les masses jaunes aussi. Nous disons qu’on ne combat pas le racisme avec le racisme. Nous allons combattre le racisme avec solidarité. Nous disons qu’on ne combat pas le capitalisme par le capitalisme noir; On combat le capitalisme avec le socialisme. »

Le capitalisme est un système dans lequel 1% de la population vit dans le luxe grâce au travail des 99%. Les 10 dernières années de la Grande Récession poussé le système à ses limites. Un tel système, qui a si peu d’autorité sur tant de gens, a besoin d’outils brutaux pour diviser et gouverner les travailleurs. Il y parvient en développant, en injectant et en perpétuant une idéologie qui dit que certaines personnes sont plus précieuses que d’autres. Les idées de racisme, de rôles et de discriminations de genre, etc., servent à maîtriser toute la classe ouvrière.

Pour lutter contre le racisme, pour arrêter Trump et la droite, ainsi que les politiciens de Wall Street, il faudra continuer à développer ce mouvement et le relier à la construction d’un nouveau parti composé de travailleurs, des jeunes et des gens de couleur. Un parti des 99% qui défende les intérêts des classes populaires de toutes origines.

Kshama Sawant, du mouvement Socialist Alternative a montré la voie à Seattle en organisant la résistance contre la politique répressive et antisociale qui touche à la fois le Noirs et les travailleurs blancs, après avoir arraché une augmentation du salaire minimum à 15 dollars de l’heure. Elle a contraint le maire et le reste du conseil municipal à reculer. Elle était la seule socialiste dans un conseil de 9 élus. Cela montre clairement les possibilités qui s’ouvriraient si le mouvement avait des représentants indépendants dans les conseils municipaux, les législatures des États et le congrès.

Yes, we can !

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International

13-Jan-2017 Par

Le congrès du PGE et les défis de 2017

Le Parti de la gauche européenne (PGE) a tenu son 5ème congrès à Berlin en décembre 2016. Le PGE rassemble des partis de la gauche radicale dans presque tous les pays membres de l’Union européenne (dont déi Lénk au Luxembourg) et dans plusieurs pays qui n’en font pas partie, notamment la Biélorussie, la Moldavie et la Suisse.

Le congrès du PGE et les défis de 2017

Le Parti de la gauche européenne (PGE) a tenu son 5ème congrès à Berlin en décembre 2016. Le PGE rassemble des partis de la gauche radicale dans presque tous les pays membres de l’Union européenne (dont déi Lénk au Luxembourg) et dans plusieurs pays qui n’en font pas partie, notamment la Biélorussie, la Moldavie et la Suisse. Tout en respectant l’indépendance des partis membres, qui prennent leurs propres décisions politiques, le PGE s’efforce d’agir sur la scène européenne comme un vrai parti et de prendre des initiatives.

Les congrès du PGE se suivent et ne se ressemblent pas entièrement. Le 3e congrès en 2010 a dû tirer des leçons de la crise de 2008-09. Le 4e en 2013 avait déjà vu la crise de la zone euro, les crises de la dette souveraine et les «plans de sauvetage» (Grèce, Portugal, Irlande, Chypre). Et même si les trois derniers sont sortis des dits plans, il faut savoir que le Portugal, par exemple, verse chaque année 8 milliards d’euros en intérêts sur sa dette – environ 4% de son PIB.

Beaucoup d’événements se sont passés depuis le congrès précédent en 2013, mais ce qui a sans doute le plus marqué les esprits, c’est la Grèce. Les événements de 2015 ont jeté une lumière crue sur l’écart entre les «valeurs qui prétendaient fonder l’Union européenne», pour reprendre les termes du document politique adopté par le congrès, et la réalité. La façon, dont les institutions européennes ont imposé brutalement une politique d’austérité et des réformes néolibérales sur le gouvernement élu par le peuple grec, a posé pour beaucoup la question de comment agir pour que de telles choses ne se répètent pas ailleurs.

Le document politique adopté après des mois de discussion, et de nombreux amendements, représente un progrès. La première partie contient une analyse approfondie de la crise de l’Union européenne sur les plans économique et politique. Le document souligne la gravité d’un phénomène qui n’est pas totalement nouveau, mais qui est devenu plus grave ces dernières années, à savoir la montée dans une série de pays de forces de droite et d’extrême droite nationalistes, dont de véritables mouvements fascistes. Il traite aussi de la question des migrants et du «mélange d’impuissance et d’abjection» qui a caractérisé l’UE et la plupart des gouvernements face à cette crise.

Il est à signaler aussi que le document se prononce très clairement pour rejeter le capitalisme et affirmer la nécessité d’un socialisme démocratique et écologique. Cela peut sembler un peu abstrait: nous ne sommes guère à la veille de transformations socialistes. C’est pourtant important d’affirmer que l’Europe que nous voulons, sur les plans économique, démocratique, écologique, n’est pas compatible avec le capitalisme.

Le thème du congrès était «construire des alliances» et le document affirme le besoin de faire cela de la manière la plus large possible, ce qui correspond, par ailleurs à la pratique quotidienne des partis dans leurs différentes campagnes.

Le PGE cherche à prendre des positions de manière consensuelle. En ce qui concerne les différentes facettes de la crise européenne et la critique des institutions européennes, cela ne pose pas trop de problèmes. Quand il s’agit de définir nos perspectives d’action, c’est plus compliqué. Bien sûr, il y a une très large plage d’accord sur une série de questions qui concrétisent notre opposition à l’Europe néolibérale: opposition aux accords dits de «libre échange» comme le TTIP et le CETA, défense des droits des migrants, contre le dumping social et fiscal, contre la militarisation rampante, que ce soit sous l’égide de l’OTAN ou la perspective pas encore concrétisée d’une armée de l’Union européenne. Mais quand on arrive à définir comment combattre l’UE néolibérale et par quoi la remplacer, il existe des divergences.

Il est déjà loin le temps, il y a une dizaine d’années, où on pouvait se satisfaire de déclarations du genre «une autre Europe est possible», «il faut une Europe sociale», etc. Même l’affirmation du PGE qu’il ne s’agit pas de réformer l’Union européenne, mais de refonder l’Europe demande à être précisée. Le débat sur ces questions a eu lieu pendant les mois de préparation et dans le congrès lui-même. Certains partis affirment la nécessité d’arriver au pouvoir dans les Etats nationaux et à partir de là de contester l’UE néolibérale, les traités, la dette. D’autres cherchent plutôt à trouver des moyens d’agir au niveau européen. Les deux voies ne sont peut-être pas complètement contradictoires, mais elles sont bien différentes.

Le document politique a été adopté par plus de 80% des délégués au congrès. Ensuite, Gregor Gysi, dirigeant très connu de Die Linke en Allemagne, a été élu président du PGE. Pierre Laurent, dirigeant du Parti communiste français, qui avait été président pendant six ans, continuera son engagement en tant qu’un des quatre vice-présidents.

Le congrès terminé, le PGE et les partis nationaux sont confrontés aux défis de 2017. Certains événements en 2016 sont arrivés trop tard pour être bien analysés. C’est surtout le cas de l’élection de Donald Trump. Quant au Brexit, c’est une histoire qui ne fait que commencer et qui sera un facteur de crise, non seulement au Royaume-Uni, mais pour toute l’Union européenne.

Les deux pays les plus importants de l’Union verront en 2017 des élections qui sont tout sauf banales, et où la gauche radicale est confrontée non seulement aux forces de «l’extrême centre», celles qui portent les politiques d’austérité, mais à des forces d’extrême droite, le Front national en France et l’AfD en Allemagne. Dans les deux cas il s’agirait de combattre ces forces tout en se démarquant des partis néolibéraux qui ont nourri leur ascension. En Allemagne, Die Linke sera confrontée à trois élections régionales et aux législatives. En France les trois partis du PGE – le PCF, le Parti de gauche et Ensemble – sont engagés dans la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui peut se passer dans d’autres pays, notamment l’Italie, est moins prévisible, mais les élections françaises et allemandes modifieront, d’une manière ou d’une autre, les rapports de forces en Europe.

 

 

International

23-Déc-2016 Par

Le mouvement BDS et la liberté d’expression

Pour «Boycott, Désinvestissements, Sanctions», la campagne BDS initiée par la société civile palestinienne et largement relayée dans le monde entier vise à faire cesser l'occupation et la colonisation par Israël des territoire palestiniens. Depuis quelques années, c'est un véritable acharnement que doivent subir les militants et sympathisants du mouvement.

Le mouvement BDS et la liberté d’expression

Pour «Boycott, Désinvestissements, Sanctions», la campagne BDS initiée par la société civile palestinienne et largement relayée dans le monde entier vise à faire cesser l’occupation et la colonisation par Israël des territoire palestiniens. Depuis quelques années, c’est un véritable acharnement que doivent subir les militants et sympathisants du mouvement.

Quelques rappels bien utiles

L’année 2017 marquera :

les 100 ans de la « déclaration Balfour » de 1917, par laquelle le gouvernement britannique promettait unilatéralement l’établissement en Palestine d’un foyer national juif,

les 70 ans du plan de partage de la Palestine voté par l’ONU en 1947 dont a résulté la Nakba de 1948 – la destruction de plus de 530 villages palestiniens et l’expulsion de 750 000 Palestiniens de leur patrie dans un processus de nettoyage ethnique -,

les 50 ans de l’occupation par Israël, en 1967, de la Cisjordanie, de Jérusalem Est, de la Bande de Gaza et du plateau du Golan, et du processus continu de leur colonisation et de leur occupation par l’État d’Israël,

les 10 ans du blocus de Gaza, punition collective de 2 millions de Gazaouis suite au déni par les autorités israéliennes, l’UE et les USA, des résultats des élections de 2006 qui avait vu la victoire du Hamas à la sortie des urnes

Depuis les Accords d’Oslo en 1993, 12 ans se sont passés lorsque, en 2005, plus de 160 organisations de la société civile palestinienne décident le lancement du mouvement BDS et appellent les sociétés civiles du monde entier à soutenir et pratiquer le BDS. Alors qu’Oslo avait été considéré par beaucoup comme une étape importante vers la paix, entre 1993 et 2005, le nombre de colons israéliens est passé de 322.000O à 430.000!

En juillet 2004, la Cour internationale de justice de La Haye concluait que le mur israélien et tout son système (mur, colonies, check-points, routes de contournement réservées aux colons) étaient illégaux, devaient être démantelés … et la résolution ES 25 de l’ONU entérinait cet avis quelques semaines plus tard..

Et donc, en 2005, lasses de toutes ces tergiversations, la société civile palestinienne lance le mouvement BDS et appelle les sociétés civiles du monde entier à résister avec elle de manière non violente à l’occupation et à la colonisation en lieu et substitution des pouvoirs civils, des États, de l’UE à respecter et faire respecter leurs propres décisions. C’était assez. C’était trop.

Il est important d’éviter les méprises. Et encore plus les amalgames dans lesquels ses opposants cherchent à l’enfermer, –  principalement l’État israélien, le Crif en France, des organisations pro-israéliennes ou sionistes dans divers pays. Le mouvement BDS, dans ses objectifs comme dans ses discours, non seulement se distancie très clairement de tout appel à la haine, au racisme et à l’antisémitisme, mais aussi n’a rien à voir avec une prétendue volonté d’ «en finir avec Israël».

Le BDS, un mouvement qui s’élargit et s’approfondit …

De 2005 à 2016, le mouvement BDS a pris quantitativement une nette ampleur, s’est diversifié dans ses formes: actions de boycott de produits, de campagnes de désinvestissement à l’égard de firmes et d’entreprises, de revendications de sanctions par l’Union européenne et par ses États membres à l’égard de l‘État d’Israël. Le boycott lui-même, après s’être concentré sur les produits fabriqués dans les colonies israéliennes, particulièrement des fruits et légumes, s’est tourné petit à petit aussi vers le boycott culturel et académique. Il s’est diversifié aussi dans la variété et la quantité d’organismes privés, publics ou semi-publics adoptant la campagne BDS, c’est-à-dire ont décidé de le soutenir et de le pratiquer eux-mêmes.

On connaît assez bien les types d’actions de de boycott de produits maraîchers fabriqués dans les colonies. Il y en a des milliers d’exemples à travers le monde, dans les pays européens, aux USA et dans le reste du monde. Il y en a aussi en Palestine. Il y en a même en Israël, promus et réalisés par l’association israélienne «Boycott from within», durement contestée et réprimée par les autorités israéliennes.

Les campagnes de «désinvestissement» encouragent des entreprises locales, nationales ou multinationales à se dégager et à désinvestir des projets qui les rendent complices directement ou indirectement à l’occupation et à la colonisation. C’est à ce niveau que d’importants progrès ont été enregistrés au cours des 7 à 8 dernières années. Ainsi l’entreprise Veolia, après avoir perdu des contrats pour 20 billion $, s’est finalement retirée de ses projets en Israël (dont le projet de tramway reliant la vieille ville de Jérusalem à la grande colonie de Maale Adumim (installée sur les terres palestiniennes de Jérusalem-Est). Ainsi encore la multinationale anglo-danoise de sécurité, G4S: l’UNICEF, l’UNHCR et l’UNOPS (toutes institutions de l’ONU) ont rompu leurs contrats avec G4S suite aux campagnes BDS. Suite aux mêmes pressions du BDS, de gros partenaires de G4S, tels que la Bill and Melissa Gates Foundation, se sont désengagés de cette multinationale. La française Orange a décidé elle aussi, pour les mêmes raisons, de vendre ses filiales en Israël. Et encore, Elbit Systems, la plus grosse entreprise israélienne fabriquant, commercialisant et vendant des armes, du matériel militaire et de sécurité à très haute teneur technologique, a connu divers déboires suite à la campagne de désinvestissement.

Au cours des dernières années, le boycott culturel et académique a connu un véritable essor[1]. Ici encore quelques exemples parmi des centaines sinon des milliers: au cours des dernières années, en Irlande la Teachers Union of Ireland, en Belgique la Fédération des Étudiants Francophones (FEF), en Grande-Bretagne la National Union of Students, aux USA l’African Literature Association,  la National Women’s Studies Association, l’American Studies Association, les Graduate student workers unions aux Universités de New York et du Massachusetts, ont rejoint et endossé le boycott académique et culturel.

Par ailleurs, des milliers d’universitaires ont signé leur adhésion au boycott académique: en Afrique du sud, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Inde, en Suède, au Brésil, en Belgique, en Italie et dans de nombreux autres pays.

Le BDS aurait-il donc un impact?

Depuis 11 ans, Israël répète à qui veut bien l’entendre que le mouvement BDS est insignifiant, pas sérieux, et que ses militants se targuent de résultats imaginaires, que le boycott de quelques fruits et légumes représente peu de choses dans l’économie israélienne … Et sa rhétorique à cet égard ne fait que s’amplifier.

Mais en même temps, Israël, qui n’en est pas à une contradiction près, se réunit en comité spécial de cabinet il y a trois ans au cours de l’été pour faire le point sur BDS: le constat fait est que le BDS commencerait à avoir des effets sur le porte-monnaie israélien et deviendrait un danger pour le pays. D’où l’importance de réajuster la stratégie à l’égard de ce mouvement.

Quelques mois plus tard, à la Knesset, même discours et, en plus, des accusations à l’encontre des sociétés civiles occidentales et des militants pro-palestiniens; il faut donc contrer sérieusement ces ONG et associations qui «délégitiment» l’État d’Israël.

Lors d’une autre réunion d’officiels israéliens, B. Netanyahou affirme qu’aujourd’hui, Israël a deux ennemis stratégiques: l‘Iran et … le mouvement BDS, et qu’Israël doit lutter autant contre l’un que contre l’autre.

Et encore, dans un discours plus récent, B. Netanyahou concluait en disant qu’aujourd’hui, la guerre par les armes était tout à fait insuffisante, qu’elle devait urgemment être relayée par la «guerre des mots, des images et des idées» en vue de combattre toutes les initiatives prises en Occident avec le seul but de délégitimer sinon de détruire l’État d’Israël. Rhétorique pour faire peur? ou rhétorique qui se fait peur à elle-même, consciente que se cache là un enjeu réel et fondamental pour le pays.

Toujours est-il que, depuis plusieurs années, l’État israélien consacre annuellement des centaines de millions de dollars à la «hasbara» (travail sur l’image) et a engagé un peu partout, surtout dans des lieux stratégiques comme les institutions européennes à Bruxelles, des dizaines de milliers d’agents, bénévoles et professionnels, pour contrer par tous les moyens possibles le processus de délégitimation dont il serait l’objet. Qui plus est, Israël recourt depuis une dizaine d’années aux services du très pointu Reut Institute, organisation spécialisée dans le travail sur la communication et l’image (voir le site du Reut Institute ) , pour évaluer de manière continue l’évolution de cette image, les causes et mécanismes engendrant cette image et sa détérioration, les acteurs qui en sont responsables, et les contre-stratégies à développer pour les contrer [2].

C’est à ce point de nos réflexions que nous rejoignons la problématique des libertés mises en danger, en Europe et aux États-Unis autant qu’en Israël et en Palestine.

Des réactions de plus en plus virulentes et des actions de plus en plus dures sont initiées en Israël par l’État israélien et des groupes politiques et de colons extrémistes, tant à l’égard des Israéliens juifs que des Israéliens arabes, des organisations des droits de l’homme ou de celles qui promeuvent le BDS et toute autre forme de résistance non violente à l’égard d’Israël : actions de harassement, menaces aux personnes, menaces et projets de loi en vue de contrôler davantage et de fiscaliser les financements extérieurs de ces ONG, menaces même de coupures financières. Plusieurs de nos amis palestiniens et juifs d’Israël, intervenus au cours des dernières années au Luxembourg, sont ainsi devenus l’objet de «chasse aux sorcières», accusés de traitrise … et menacés d’emprisonnement. C’est le cas de Breaking the silence, organisation d’anciens soldats israéliens ayant décidé de rompre le silence et de publier des rapports sur les pratiques et agissements de l’armée israélienne à Gaza, en Cisjordanie … (voir entre autres un article du Figaro de mai 2016 ): l’organisation est menacée de fermeture, son leader principal, Yehuda Shaul, menacé d’arrestation ou d’expulsion. C’est le cas de B’Tselem, organisation israélienne des droits de l’homme.

C’est aussi le cas, tout récemment, de l’organisation palestinienne Youth against setllements: son principal responsable, Issa Amro, est très actif, depuis de longues années, dans et autour de la ville de Hébron, dont le cœur historique est occupé par 400 colons parmi les plus extrémistes que connaisse Israël. Emprisonné à de multiples reprises, Issa Amro n’avait jamais été inculpé. Depuis juin 2016, dix-huit chefs d’accusation ont été retenus contre lui par l’armée israélienne, relevant d’infractions dont la plupart ne sont pas reconnues par le droit international. De nombreux autres cas semblables remplissent de nombreux sites relatant la vie et le travail des organisations israéliennes et palestiniennes défendant les droits des Palestiniens.

Mais en Europe et aux États-Unis et dans d’autres pays, des actions directes ou indirectes d’organisations pro-israéliennes, de lobbies sionistes, du CRIF en France, s’attaquent à des militants du BDS ou à leurs organisations, incitent des directeurs de salles à ne plus accueillir des conférence ou films-débats organisés par des associations défendant les droits des Palestiniens. Qui plus est, en France tout particulièrement, des groupes de pression et des institutions influentes soutenant Israël sont parvenues au cours des années à mettre de leur côté de nombreux politiciens sinon ministres français, de gauche comme de droite. Alliot-Marie, lorsqu’elle était ministre de la justice, a édicté une circulaire à destination de tous les préfets, leur intimant de surveiller de lanière toute particulière et de se montrer très sévères à l’égard des personnes et des organisations promouvant le BDS. C’est dans ce cadre que de nombreux procès ont été intentés à des militants du BDS par des organisations sionistes en France. La plupart ont abouti à des non lieux, mais certains ont débouché sur des condamnations. Les jugements se basent sur des actes et pratiques qu’ils considèrent comme provoquant à la «haine raciale», à la discrimination et même à l’antisémitisme. Soit, une utilisation abusive d’articles du code pénal français et un grave amalgame entre critique des politiques et pratiques israéliennes d’occupation et de colonisation et haine d’Israël, antisémitisme.

Dans plusieurs pays européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne …), des «amis d’Israël», des groupes sionistes ou pro-israéliens cherchent à ce que soient promues des lois à l’encontre du BDS, excluant et interdisant le BDS – jouant à nouveau et toujours sur les amalgames bien connues entre antisionisme et critique des politiques israéliennes, d’une part, antisémitisme et haine raciale, d’autre part. Ces tentatives n’ont pas encore réellement abouti – excepté, partiellement, en France, avec la circulaire Alliot-Marie.

D’autres formes d’atteinte à la liberté d’expression et d’opinion sont pratiquées, elles aussi sous l’influence de ces groupes pro-israéliens. Rappelons-nous: «il faut lutter par tous les moyens contre ces opérations de ‘délégitimation’ de l’État d’Israël». C’est la fermeture par certaines banques de comptes bancaires de certaines ONG occidentales, visant à les déstabiliser voir à faciliter leur disparition, visant aussi à couper leurs relations financières avec des ONG palestiniennes et israéliennes. Ce fut le cas de l’une des plus importantes ONG en Grande-Bretagne (Palestine Solidarity Campaign). Ce vient d’être le cas pour une organisation juive en Allemagne, Jewish Voice for Peace: la Banque allemande pour une économie sociale vient de fermer le compte de l’organisation : « Une Voix juive pour une juste paix au Moyen-Orient ». Après de multiples questionnements, la Banque a reconnu que sa décision avait un motif politique, à savoir le soutien de JVP à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions). La Banque avait été mise au courant de leur position par quelqu’un travaillant pour le Jerusalem Post (voir le rapport de l’Aurdip)

Des cas semblables se multiplient dans divers pays. Mais aussi, sans aller jusque la fermeture de comptes bancaires d’ONG, des Banques «décident» d’interdire des virements vers certaines ONG en Palestine ou en Israël. Elles prétextent des régulations européennes, des «listes noires», des «listes rouges» qu’elles seraient contraintes de respecter. Le plus souvent, lorsque les ONG de chez nous sont concernées, elles ne reçoivent à leurs demandes d’explications et de raisons que des réponses évasives, générales, sans contenu réel. Mais un examen approfondi des processus et des procédures permet souvent de remonter, non pas au niveau européen, mais, au niveau des États concernés, au niveau national, à des liens douteux, à caractère politique, entre des responsables bancaires et des personnalités politiques ou de groupes «amis d’Israël» ou des organisations israéliennes ayant établi leurs «listes rouges» ou «noires» … Nous aborderons plus en détail dans un prochain article cette problématique au Luxembourg.

Or et pourtant, le BDS relève de la liberté d’expression et d’opinion …

… a rappelé très précisément et fermement Madame Mogherini.

En vue de porter toutes ces questions et ces mises en danger du travail des ONG européennes à l’attention des autorités européennes, l’ECCP, (Coordination européenne des Comités et associations pour la Palestine), a envoyé le 18 mai dernier à Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne et à Mme Mogherini, Haute représentante de l‘UE, une requête leur demandant de «protéger la liberté d’expression et le droit au boycott des citoyens européens», avec référence à la campagne BDS.

C’est une réponse importante, claire et sans ambiguïté qui, cette fois, nous est parvenue le 29 août 2016 des hautes instances de l’Union européenne:

«L’UE réaffirme clairement protéger la liberté d’expression et la liberté d’association dans la droite ligne de la Charte européenne des Droits fondamentaux. La liberté d’expression, comme le souligne la Cour européenne des Droits de l’homme, est applicable aussi à des informations et idées qui ‘offensent, choquent ou gênent des États ou n’importe quel secteur de la population’». La réponse rappelle aussi que, si l’UE est fermement opposée au boycott contre Israël, les produits qui proviennent des colonies israéliennes ne bénéficient du traitement permettant l’entrée en dans l’Union de ces produits à des tarifs préférentiels et doivent être étiquetés de manière à montrer clairement qu’ils ne proviennent pas d’Israël. Ces mesures, destinées à assurer une application entière et effective de la législation européenne et des régulations applicables aux colonies, ne constituent pas un ‘boycott‘ et ne peuvent d’aucune manière être interprétés comme telles»

On ne peut être plus clair!

Qu’attendons-nous, dès lors, pour nous engager plus fermement et résolument dans la mise en œuvre du BDS dans nitre pays ?

a.- Israël poursuit impunément ses pratiques et politiques d’occupation et de colonisation. Plus encore: il met actuellement «les bouchées doubles» dans une sorte de fuite en avant dans l’ouverture de nouvelles colonies et la «égalisation» d’anciennes colonies et d’avant-postes.

b.- L’UE refuse toujours de «sanctionner», se contente d’avertissements verbaux ou écrits, malgré certaines mesures qui vont dans la bonne direction (Guidelines, étiquetage …), donc cautionne et se rend complice de ces agissements israéliens.

c.- Le mouvement et les campagnes BDS ont fait et sont en train de faire leurs preuves, la preuve principale en étant qu’Israël déploie tous les moyens possibles pour les contrer.

Cela étant, qu’attendons-nous pour nous joindre activement et résolument à ce mouvement, … en étant prêts à en «payer le prix» de notre côté? Sinon, ce seront les Palestiniens qui continueront indéfiniment à en payer le prix, un prix de plus en plus insupportable! Et le prix suprême, non imaginaire, ce serait peut-être qu’il n’y aura plus beaucoup de Palestiniens en Palestine, ni beaucoup de terres où ils vivent en paix et sécurité dans un pays digne de ce nom.

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[1]                     Dans une prochaine contribution, nous reviendrons en détail sur le boycott culturel et académique pour en rappeler les objectifs et les imites et lever les nombreuses ambiguïtés qui circulent à son encontre. Un livre récent d’Eyal SIVAN, écrivain et cinéaste israélien anti-sioniste, vient d’y consacrer tout un livre, que nous présenterons dans cette contribution.

 

[2]                     Nous proposerons d’ici quelques semaines un article sur la «propagande» israélienne, en nous basant sur la dernière publication importante d’Ilan PAPPE, nouvel historien israélien, entièrement consacré à ce sujet et couvrant l’ensemble de la période d’existence de l’État d’Israël (1948-2016).

International

23-Déc-2016 Par

Berlin: Solidarität und Widerstand gegen Hassreden

Am 19. Dezember fuhr ein LKW mit voller Fahrt auf den Weihnachtsmarkt auf dem Breitscheidplatz am Zoologischen Garten in Berlin. Mindestens zwölf Menschen starben, 48 sind teils schwer verletzt. Obwohl die Hintergründe der Tat noch vollkommen unklar sind, begannen rechte Kräfte unmittelbar mobil zu machen und Politiker wie Seehofer forderten eine Änderung der Zuwanderungspolitik.

Berlin: Solidarität und Widerstand gegen Hassreden

Am 19. Dezember fuhr ein LKW mit voller Fahrt auf den Weihnachtsmarkt auf dem Breitscheidplatz am Zoologischen Garten in Berlin. Mindestens zwölf Menschen starben, 48 sind teils schwer verletzt. Obwohl die Hintergründe der Tat noch vollkommen unklar sind, begannen rechte Kräfte unmittelbar mobil zu machen und Politiker wie Seehofer forderten eine Änderung der Zuwanderungspolitik.

Die Opfer des gestrigen Tages waren unschuldige BesucherInnen und Beschäftigte des Weihnachtsmarktes sowie ein polnischer LKW Fahrer. Der Schock und das Gefühl, dass es jeden hätte treffen können, geht in der Stadt um und erfasst Menschen bundesweit.

Reaktion von rechts

Noch bevor irgendwelche Fakten klar waren, äußerten sich bereits führende Figuren der AfD und versuchten den Schock, die Furcht und Anteilnahme für ihre Zwecke auszunutzen. Der NRW-Landesvorsitzende und EU-Abgeordnete der AfD Marcus Pretzell twitterte: „Es sind Merkels Tote!“ und impliziert damit, dass die Zuwanderung durch Geflüchtete ursächlich für den Anschlag sei. Eine Kampagne der NPD kündigte eine Demonstration am Bahnhof Zoo an unter dem Titel „Grenzen dicht machen – an Merkels Händen klebt Blut“. Die sozialen Medien sind voll von antimuslimischem Rassismus. Dem gilt es, entschlossen entgegenzutreten, egal wer für das Attentat verantwortlich ist. Denn sollte sich herausstellen, dass das Bekennerschreiben des Islamischen Staates authentisch ist, bedeutet das nicht, dass „der Islam“ oder „die Muslime“ verantwortlich sind, sondern eine rechte, reaktionäre und eine Diktatur anstrebende politische Bewegung deren Opfer vor allem Muslime und Muslimas im Nahen und Mittleren Osten sind.

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Die Rechten wollen uns entlang von Herkunft, Religion und Sexualität spalten, um ihr unsoziales Programm durchzudrücken und haben gleichzeitig keine Lösungen gegen Terror anzubieten. Terrororganisationen haben es gar nicht nötig, für die Einreise auf Flüchtlingsrouten oder Asylrecht zurückzugreifen. Bei zwei Attentätern der Anschläge in Paris wird davon ausgegangen, dass sie sich als Flüchtlinge haben registrieren lassen, um Asylsuchende bewusst zu diskreditieren. Denn eine rassistische Reaktion nützt den reaktionären Gruppen des rechten politischen Islam. Krieg und rassistische Diskriminierung sind für sie gewichtige Argumente bei der Rekrutierung im In- und Ausland.

Auch die großen Medien haben sich nach dem Vorfall am Berliner Breitscheidplatz nicht mit Ruhm bekleckert. Bild.de übernahm dann sowohl Pakistan als auch Afghanistan als Herkunftsland und erklärte den Festgenommenen zum »Todes-Fahrer von Berlin«. Obwohl der Festgenommene zu diesem Zeitpunkt lediglich ein Tatverdächtiger war, blieb auch die in Berlin erscheinende Boulevard-Postille B.Z. mit der Überschrift “Täter bestreitet die Tat” konsequent bei ihrer Darstellung, dass es bereits einen Täter gebe.

Zu Recht herrscht eine große Empörung über die ersten Reaktionen von rechts. Viele Menschen teilten auf Facebook Kommentare oder Bilder mit der Aussage: „Terroristen und Rechten dürfen und werden nicht gewinnen! »

Kriegszustand?

Auch Köpfe der etablierten Parteien waren schnell damit, Schlussfolgerungen zu ziehen. CSU-Chef Horst Seehofer forderte eine Änderung der Zuwanderungs- und Sicherheitspolitik. Dies sei man den Opfern schuldig. Der Vorsitzende der Innenministerkonferenz sprach davon, dass man sich im „Kriegszustand“ befände. Gegen wen ließ er offen. In einer Zeit wo die Bundesregierung Abschiebungen nach Afghanistan trotz großer Proteste durchführen ließ und Einsätze der Bundeswehr von Vielen abgelehnt werden, sind einige führende Politiker schnell damit die Trauer und den Schock auszunutzen, um ihre Forderungen nach staatlicher Aufrüstung und schärferen Asylgesetzen auf die Agenda zu bringen.

Es geht um eine furchtbare Tat. Eine Tat, die jeder rücksichtslose Attentäter hätte verüben können, fast überall.

Solange nicht die Ursachen beseitigt werden, die terroristischen Kräften eine soziale Basis unter Unterdrückten und Ausgebeuteten verschaffen, besteht die große Gefahr, dass sich ähnlich Schreckliches wiederholt.

Es herrscht eine große Wut über die Rechten, MigrantInnen haben Angst, dass es Racheakte gegen sie geben könnte. Immer wieder werden MigrantInnen, vor allem aus der arabischen Welt für etwas schuldig gemacht, dass die übergroße Mehrheit von Ihnen ablehnt.

Es gibt richtigerweise eine starke Stimmung, den Terroristen nicht nachzugeben, nicht in Panik zu verfallen, die Rechten nicht zu stärken und eine politische Instrumentalisierung der Tat nicht zuzulassen. Das ist richtig, reicht aber nicht. Gewerkschaften und Linke müssen die staatlichen Maßnahmen genau beobachten und ggf. kritisieren. Rassistische Vorverurteilung und rechte Mobilisierungen müssen bekämpft werden. Sollten Nazis demonstrieren, sollten sie massenhaft gestoppt werden.

Unabhängig davon, wer für den Anschlag von Berlin verantwortlich, hat sich in den letzten Jahren eine Spirale von Krieg und Terror entwickelt, die immer mehr Menschen zutiefst beängstigt. Es muss deshalb auch darum gehen, einen Ausweg aus dem weltweit herrschenden kapitalistischen System aufzuzeigen, welches für diese Spirale verantwortlich ist und keine Lösung dafür anzubieten hat.

Quelle: Sozialistische Alternative, Neues Deutschland.