Culture

13-10-2016 Par

Cinéma: «3000 nuits», le calvaire d’une jeune femme palestinienne dans une prison israélienne

1980, Naplouse, Cisjordanie occupée. Une jeune Palestinienne est arrêtée par l'armée israélienne. Condamnée à tort à 8 années de prison, elle donnera naissance à son fils derrière les barreaux. Centré sur le vécu de femmes emprisonnées, le film dénonce un des outils utilisés par Israël pour briser la résistance à l'occupation de la Palestine: l'enfermement.

Cinéma: «3000 nuits», le calvaire d’une jeune femme palestinienne dans une prison israélienne

1980, Naplouse, Cisjordanie occupée. Une jeune Palestinienne est arrêtée par l’armée israélienne. Condamnée à tort à 8 années de prison, elle donnera naissance à son fils derrière les barreaux. Centré sur le vécu de femmes emprisonnées, le film dénonce un des outils utilisés par Israël pour briser la résistance à l’occupation de la Palestine: l’enfermement.

Tourné en 2015, réalisé par Mai Masri, le film est dans la programmation du festival du film arabe de Fameck/Val de Fensch. Il a été projeté à la cinémathèque de la ville de Luxembourg le 5 octobre, en collaboration avec le Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient (CPJPO).

8 années de prison

Le film s’ouvre par un plan dans une jeep de l’armée israélienne. La nuit, par un temps pluvieux, Layal, la protagoniste (Maisa Abd Elhadi), est emmenée les yeux bandés, avec d’autres prisonniers palestiniens dans un centre de détention. Déjà l’univers sombre, clos et peu éclairé qu’on retrouvera tout au long du film. Accusée de complicité avec un jeune «terroriste», elle subit un interrogatoire musclé avant d’être enfermée dans le département des femmes d’une prison israélienne de haute sécurité. Rapidement jugée par un tribunal militaire, elle est condamnée à 8 ans de prison, sans preuves. D’abord mise en cellule avec des prisonnières de droit commun israéliennes, elle se retrouve plus tard entourée de Palestiniennes. Toutes sont de près ou de loin impliquées dans la lutte contre l’occupation. Enceinte en entrant en prison, Layal décide de ne pas avorter malgré les pressions de l’administration pénitentiaire et accouche d’un petit garçon. Deux ans plus tard, en 1982, au moment de l’invasion du Liban par l’armée israélienne et les massacres dans les camps palestiniens de Sabra et Chatilla, son fils lui est retiré et confié à sa famille.

En plus de l’enfermement, chantage, humiliations et mauvais traitements sont le quotidien des détenues palestinienne. A côté de  l’arbitraire et de la brutalité des gardiennes de prison, Layal est aussi confrontée au racisme ordinaire de la société israélienne: ainsi, après l’accouchement, une détenue israélienne lui lance : «encore un petit terroriste! ».

Barreaux, clôtures, barbelés

La cinéaste filme à merveille  cet univers clos et restitue très bien le ressenti des prisonnières face à l’injustice et l’enfermement: gros plans sur les barreaux, les clôtures, les barbelés… De nombreuses scènes sont filmées en jouant sur la lumière; celle-ci représente tour à tour l’espoir (le soleil qui éclaire la cellule à travers les barreaux), le temps qui passe (l’ombre des barreaux qui se déplace sur les murs de la cellule) ou la terreur avec l’éclairage sombre de la cellule d’isolement ou les projecteurs de la salle de torture. Layal prénommera d’ailleurs son fils Nour («Lumière» en arabe).

En plus de cette mise en lumière très réussie, le film compte aussi de nombreuses actrices de talent. En plus de Layal et de ses codétenues, les gardiennes de prison et la directrice jouent à la perfection leur rôle de représentantes de la force d’occupation, écrasant toute résistance, notamment pendant la grève et la mutinerie.

La prison, une arme de l’occupation

Israël a toujours utilisé l’enfermement comme un moyen pour étouffer toute contestation de l’occupation de la Palestine. On estime à plus de 700 000 les détenus palestiniens à avoir été enfermés dans les prisons israéliennes depuis 1967, hommes, femmes et enfants. En effet, de nombreux mineurs sont détenus, souvent pour de simples jets de pierres. La détention administrative (pouvant aller jusqu’à 6 mois, et renouvelable sans restriction) est très souvent utilisée pour enfermer des résistants palestiniens sans jugement. Les familles de prisonniers sont aussi confrontées à des représailles systématiques: destruction ou mise sous scellés des habitations, intimidations, chantages divers pour pousser à collaborer avec l’occupant…

Évoquée dans le film, la résistance palestinienne n’a souvent comme seul moyen de libérer des prisonniers que de procéder à des échanges. Ainsi, en 1982, ce sont plus de 4000 prisonniers et prisonnières  qui ont été échangés contre 6 soldats israéliens capturés au Liban. Layal n’aura pas la chance de profiter de ces accords, contrairement à plusieurs codétenues. Elle achèvera sa peine jusqu’au bout et passera 3000 nuits en prison.

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